Les 100 Fous

05/07/2017
ENDEMIX

Sous leurs airs désinvoltes (au demeurant très sympathiques), on trouve rapidement une conscience artistique bien concrète chez les 100 Fous. Erwan Botrel, Freddy Rigal, Thierry Gourgues et Éric Mouchonnière dit Fly, savent très bien pourquoi ils font de la scène – pour « créer des petits moments de connexion avec le public » –, pourquoi ils ont enregistré un premier EP en 2014 puis un nouvel album à paraître en août – pour « prendre une photographie musicale du travail accompli ». En mai dernier, ils étaient en coaching scénique pour la préparation de leur concert prévu lors des Francofolies. Si cette formation, loin d’être la preuve qu’ils se rangent dans un cadre, est un indice de leur volonté de progresser et de sortir de leur confort. Mais même dans leur communication, qu’ils veulent nonchalante, ils ont toujours le bon mot qui impacte. Alors quoi qu’ils poursuivent, il va falloir qu’ils se fassent à l’idée qu’ils séduisent.

Endemix : Vous êtes plutôt rares dans la presse. Pourquoi avoir accepté cette interview ? 

Les 100 Fous : (rires). Parce qu’on se sert de vous pour promouvoir notre prochain album ! On entre dans une logique commerciale maintenant ! 

Pourquoi « maintenant » ? Vous avez déjà sorti un EP en 2014. N’étiez-vous pas déjà dans une logique commerciale avec ce premier enregistrement ? 

Notre EP de 2014 a été fait entièrement avec des potes, chacun a apporté ce qu’il savait faire bénévolement. On a commencé à enregistrer les pistes en 2012 avec la bande de Pure Pwela Production à Poindimié. Freddy est parti en voyage quelque temps et on a travaillé tranquillement au mixage de l’album. Sans se presser. Sans autre objectif que de voir le projet se réaliser… un jour ! On n’a même pas vendu la moitié des CD, on en a offert beaucoup. Début 2015, Laurent Devèze s’est proposé d’être notre manager et on est entré dans une autre dimension : il a envoyé une demande d’aide à la création à la Province Sud, que l’on a obtenue, et on a lancé l’enregistrement de la deuxième galette. Avec cette aide plus les cachets des concerts, le prix du meilleur clip pour Lundi Cool au Festival du cinéma de La Foa en 2016 et une aide de la Sacenc, on a pu s’engager dans un travail plus conséquent. On avait un peu de sous et surtout, on ne pouvait pas continuer à demander aux copains de bosser gratuitement.  

Pouvez-vous revenir un peu sur l’histoire du groupe ? 

Laurent Devèze : C’est plus une histoire de potes qu’une grande épopée de groupe. Erwan et Fly se connaissent depuis 1997, quand ils étaient à l’école d’art. Ils rencontrent Freddy en 2004 et créent « officiellement » les 100 Fous en 2011. 

Parlez-nous du nouvel album. 

Après un enregistrement au studio l'Enceinte en quatre jours, nous avons cherché à faire faire les arrangements et le mixage. Ayant beaucoup de mal à trouver localement, on a profité du réseau de notre manager, et il nous a déniché un savant fou sur Bangkok. À partir de là, on a perdu un peu le contrôle et avons laissé délirer édouard, ledit savant fou, ce qui donne des ambiances très différentes selon les morceaux. Au final, on a une douzaine de titres ... un peu comme des huîtres : une douzaine de thuitres ! (rires) Il n’y a pas de grands changements par rapport aux thèmes du premier EP : on parle du quotidien, de la Calédonie, de la société, un peu de politique, du chien de Fly, de la fête ! 

Vous avez enregistré cet album en trio. Depuis avril, vous êtes quatre sur scène avec l’arrivée du bassiste Thierry Gourgues. L’acoustique guitare-cajòn ne vous satisfaisait plus ? 

En commençant à jouer juste entre nous, on prenait ce qu’on avait à disposition : la guitare de Freddy, le cajòn d’Erwan et Fly à la voix. La formation acoustique était aussi très pratique pour s’installer dans des espaces qui ne sont pas prévus pour accueillir des concerts. Mais depuis un petit bout de temps, on rajoute des instruments, comme les percussions d’Erwan qui deviennent de plus en plus complexes. On a rencontré Thierry lors d’un concert où on s’est incrustés sur la scène du groupe Naya Roots dans lequel il joue. On a « jamé » quelques-uns de nos morceaux ensemble et tout le monde a trouvé que la basse donnait du corps à nos chansons. C’est un peu comme la perle de nos huîtres ! 

Vous avez tous d’autres activités artistiques en dehors des 100 Fous. Que prenez-vous les uns des autres ? 

Effectivement, nous ne sommes pas les 100 Fous 100 % du temps ! Ça mélange plein de couleurs à notre répertoire. (Ils répondent les uns pour les autres) Erwan travaille avec Sylvain Lorgnier et la compagnie Les Artgonautes du Pacifique comme conteur. On a intégré certaines de ses histoires dans notre concert pour donner des respirations. Fly est aussi dessinateur. Il s’occupe de toute l’identité graphique du groupe et a réalisé le clip Lundi Cool en animation. Thierry est donc bassiste dans d’autres groupes et apporte une touche nouvelle. Freddy, infirmier de métier, a, lui, appris la guitare en voyageant beaucoup et a chopé différents arpèges croisés sur les bords de route. 

On vous retrouve surtout sur des scènes intimistes, dans les nakamals par exemple. Lors de vos concerts, vous cultivez l’esprit d’un petit « entre soi ». Vous n’avez pas peur d’exclure une partie du public ? 

À la base, on joue ensemble pour se faire plaisir, entre nous ou avec des amis. Ce sont ces potes qui nous ont encouragés à faire de la scène, mais pour nous, l’objectif est toujours le même : passer un moment tranquille avec qui veut bien nous écouter. On a fait quelques grandes scènes comme le festival Femmes Funk en 2014, le Gypsy Jazz ou les Flèches de la Musique en 2015 et on aime ça. Mais l’ambiance tranquille du nakamal correspond parfaitement à notre musique et reste notre atmosphère préférée où tout le monde est le bienvenu. Sur scène aussi, on se charrie pas mal, on n’hésite pas à se moquer si l’un d’entre nous se plante, comme en répète. Mais cette franche camaraderie plaît au public qui ne voit plus la distance entre l’artiste, en haut sur sa scène, et lui dans la fosse. On recherche vraiment ce lien amical et détendu. 

Pourquoi ne donnez-vous pas de nom à vos albums ? 

Parce qu’on s’en fout ! Un peu comme pour le nom du groupe. On a réfléchi pendant des heures pour trouver un nom sympa, à notre image… À chaque fois, on concluait par « Mais en fait, on s’en fout ». C’est resté. Pour les albums, on n’a même pas essayé de chercher ! 

Du 17 au 21 mai, vous avez suivi un coaching scénique avec Juliette Solal. Qu’en avez-vous tiré ?

C’est trop frais, on n’a pas encore cicatrisé ! C’était une belle rencontre humaine avec Juliette Solal et une autre façon d’aborder la scène. On a compris l’importance de bien construire notre spectacle au-delà de la musique : les déplacements, les intentions, les interactions avec le public… On a appris à créer la bonne dynamique pour ne pas perdre les spectateurs. On ne prenait pas vraiment en compte le côté visuel de notre set. On était plus concentrés sur l’écoute, en valorisant nos textes, et on a découvert que la mise en scène rendait les gens, au bout du compte, plus attentifs. Même si ce fut difficile, ce fut un plaisir !

Grande interview extraite d'Endemix#19 Juin-Août 2017 - Consultable en ligne

Propos recueillis par Claire Thiebaut

Photographie : Marc Le Chélard / 2017

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