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Raconter le pays

3 août 2021 L'actu locale Théâtre
©Niko Vincent
©Niko Vincent
Coïncidence ou pas avec le contexte politique de la Nouvelle-Calédonie, le théâtre qui raconte le pays fleurit ces derniers temps. Terre de punition, la reprise des Comédies broussardes ou encore Nation font partie de ces projets qui soufflent sur les planches des petites et grandes histoires du Caillou.

De la nécessité de parler du pays

Calédonien aux racines multiples, ce n’est certainement pas un hasard si Stéphane Piochaud fait partie de toutes ces propositions artistiques. Le comédien et metteur en scène reprend cette année Les Comédies broussardes créées il y a une quinzaine d’années par sa compagnie Les Incompressibles.

Une pièce composée de neuf saynètes écrites par Ismet Kurtovitch, qui à travers le prisme de la sensibilité caldoche, dessine les contours de l’identité calédonienne. Un des trois nouveaux textes écrits plus récemment, Le Recensement, aborde tout particulièrement cette question de l’identité.Le comédien y trouve donc une résonance singulière liée à son histoire personnelle et familiale, ayant lui-même des aïeuls bagnard mais aussi kanak et indien : « Je m’interroge aussi sur qui je suis à travers cette pièce-là ». Son investissement dans ce type de projets « calédo-calédoniens » prend donc tout son sens : « Je suis partagé entre mon désir d’artiste d’explorer plein de répertoires, et en même temps je sens qu’il y a cette nécessité de répondre à une mission essentielle du théâtre qui est de parler d’ici et d’aujourd’hui ».Pourtant, comme le souligne Ismet Kurtovitch : « Il y a peu de pièces sur la Calédonie et principalement sur les Caldoches. Ça plaît aux gens de se retrouver dans une production culturelle dans laquelle ils sont presque inexistants ». Selon lui, « le plus dur est de capter l’humour singulier d’une partie de la population. Mais tout le monde peut s’y retrouver grâce au rire ».

Avec Les nouvelles comédies broussardes, Stéphane Piochaud espère bien « réussir le pari de réunir plusieurs communautés » même s’il confie que « c’est rare pour un spectacle ».

Éclairer l’histoire

Si cette fresque calédonienne s’inspire majoritairement de situations de la vie quotidienne, deux des tableaux évoquent dans un registre plus dramatique des faits historiques douloureux du pays. Stéphane Piochaud déclare à ce sujet « Éclairer des zones de l’histoire de manière ludique, sans parti-pris politique, en disant simplement : ce sont des histoires d’êtres humains, voilà comment ça s’est passé, voilà l’histoire des hommes et des femmes d’ici, je pense que ça ne peut que faire du bien aux gens, qu’ils soient d’ici ou pas ».

Le comédien est également à l’affiche d’une autre pièce qui évoque le passé de la Nouvelle-Calédonie, et plus précisément le bagne. Il s’agit de Terre de punition, de la compagnie Mik Mak d’Émilie Féron. Installée en NC depuis 15 ans, la marionnettiste avait envie d’explorer l’histoire de son île d’adoption. C’est en lisant le témoignage bouleversant et très détaillé d’Alexis Trinquet, communard déporté à l’ïle Nou, qu’elle décide de monter son premier spectacle destiné aux adultes.

La mise en scène très visuelle, sous forme de bande-dessinée animée, confère au projet une originalité dans la manière d’aborder le sujet. Émilie insiste par ailleurs : « C’était important d’apporter un peu de légèreté et de rire, pour amener du souffle ». Car le témoignage est dur, il raconte les traitements inhumains et les tortures. Et en ça « la mémoire est importante, c’est une part de l’histoire qui ne faut pas oublier pour ne pas revenir en arrière », observe-t-elle.

Se rencontrer

La mémoire est au cœur d’un autre projet d’ampleur, actuellement en cours de fabrication. Nation (titre provisoire) est une pièce créée par Les Artgonautes du Pacifique (Erwan Botrel et Sylvain Lorgnier) où l’on retrouve à nouveau Stéphane Piochaud aux côtés de Maïté Siwene. Le spectacle puise sa matière première dans le recueil Passeurs d’histoires, édité par la bibliothèque Bernheim fin 2020. Dans la lignée de Paroles de Thio, il est le fruit d’un travail de collecte de paroles et d’histoires débuté en 2017 par Sosthène Desanges, Frédéric Ohlen, auteurs calédoniens, avec l’illustrateur AB. Suivant les chemins coutumiers qui se dessinaient, ils sont partis à la rencontre d’hommes et de femmes de la région entre Bourail et Boulouparis, afin de recueillir les histoires du pays qu’on a bien voulu leur transmettre et qu’ils ont ensuite restituées sous la forme littéraire de leur choix (nouvelle, poème, pièce de théâtre, conte…).

Terre de Punition - Stéphane Piochaud .jpg
© Patham

Christophe Augias, directeur de la bibliothèque Bernheim, et porteur du projet, désirait aller plus loin dans la diffusion de ces histoires, en leur redonnant le caractère vivant de l’oralité pour les rendre accessibles au plus grand nombre. « Le spectacle est une manière de boucler la boucle. Et pourtant la pièce était un sacré challenge à monter du fait de la diversité des histoires et des formes littéraires », raconte-t-il.

Pour surmonter cet écueil et relier ces récits, Erwan Botrel a écrit un fil conducteur. Une histoire périphérique qui propulse le spectateur en France, dans le métro parisien, au côté de deux Calédoniens ayant rendez-vous à une station. Ce voyage fictif permet d’intégrer les histoires majeures du recueil dont celle des clans expropriés de Deva ou encore celle de Lombard, un bagnard recueilli par des Kanak à Borendy.

Pour Erwan Botrel, le spectacle montre comment se rencontrent différents récits. « Souvent l’histoire est compartimentée. On a tous une pièce du puzzle. Ce spectacle c’est le moyen d’assembler toutes ces pièces ensemble, même si elles ne sont pas de la même couleur ou de la bonne forme. À la fin ça fait un beau tableau qu’on n’avait pas forcément prévu. Cette création permet également de réintroduire des histoires méconnues, parfois même tues. Car ce sont des drames. Le passé était dur, il y a eu beaucoup de souffrances, de violences, et aujourd’hui on est tous là et on vit ensemble, nous sommes les enfants de cette histoire ».

Véritable activateur de rencontres, le projet Passeur d’histoires qui se poursuit avec de nouvelles collectes, porte en lui cette vocation fédératrice de l’art. Christophe Augias confie : « C’est le sens que je voudrais voir dans le pays. Car il y a une véritable envie d’aller vers l’autre. Et plus tu crées la rencontre, plus l’évidence se dessine ».

Patience, la pièce ne sera diffusée qu’en 2022. Le recueil est néanmoins déjà disponible en bibliothèque.

D’ici là , vous retrouverez Les nouvelles Comédies broussardes, au centre culturel du Mont-Dore les 26, 27 et 28 août prochains avec une distribution inédite : Lucie Dorio, Sam Kagy, Maïté Siwene, Gaël Chevrier, André Luserga, Jean-Paul Smadja et Stéphane Piochaud.

Et si vous ne l’avez pas vu au Théâtre de Poche, Terre de Punition de la Compagnie Mik Mak se jouera au Petit Théâtre du Mont-Dore le 10 et le 11 septembre.

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