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Retour sur le dernier spectacle du collectif Nyian : SOUS’PERF

30 septembre 2021 L'actu locale Oralité Danse
Jules Thoane Thomadra ©Théo Ijezie
Jules Thoane Thomadra ©Théo Ijezie
SOUS PERF, la nouvelle création de Richard Digoué, s’est construite au fil des résidences et des rencontres à Lifou, Kaméré, Voh, Unia, et Nouméa. Trois provinces, trois vitesses, pour trouver finalement le rythme de cette pièce qui s’est jouée les 13 et 14 août dernier, au centre culturel Tjibaou, là où tout a commencé pour le collectif Nyian il y a 20 ans.

Veni Vidi Gucci 

Nous entrons sur l’espace Kämi Yo par un chemin à peine éclairé, guidés dans le calme par les agents du centre et l’odeur du feu qui se dégage du bord de mer.

Les nattes placées au sol nous invitent à nous asseoir en cercle autour d’une scène. Ambiance chuchotement. On a le temps d’observer le décor naturel qui nous entoure, entendre le son de la mer, tourner la tête vers les étoiles et imaginer ce que les quelques éléments de scénographie vont devenir. Des écrans de projections rectangulaires sont disposés comme des poteaux autour d’une scène ronde de sable tamisé. Les danseurs ne la quitteront pas pendant presque une heure.

            Le conteur Jules Thoane Thomadra entre d’abord seul, comme s’il sortait du feu et traverse tout le public en donnant vie à un personnage à la voix rauque et basse, des bribes de phrases, des mots difficilement audibles. On croit que le micro grésille, comme une nouvelle langue en train de naître sous nos yeux mais c’est d’une langue lointaine dont il s’agit. Un esprit, un lutin, un passeur de culture qui nous raconte tantôt en drehu tantôt en français l’histoire des Hommes selon le mythe de la création : Téa Kanaké.

Apparition des danseurs qui entrent timidement sur scène. Des mouvements sobres et légers pour incarner ce que nous donne à voir le conteur : des lézards, de l’eau, du feu, des poissons, des cailloux, du vent, des hommes qui vivent (vivaient) en harmonie, jusqu’à ce que le prochain tableau dévoile une dynamique plus sombre.

En arrière-plan, les écrans passent d’une projection de ciel étoilé à des vitraux d’église. Un personnage distribue du linge aux danseurs qui s’habillent à contre-coeur. « Veni Vidi Gucci » lance le slam de Awai lui-même vêtu d’une toge blanche. On comprend l’évangélisation, la colonisation, la privation de liberté.

Le texte synthétise une histoire pays, mêlée de capitalisme moderne, de culture perdue, volée, on entend un besoin de re-transmission. Un retour au ciel étoilé. Mais le feu a pris place sur les écrans de projection.

Transmission, si jeunesse savait…

            Les personnages sont en lutte, déroutés, ils dansent un chaos, celui de l’agitation, de la quête de performance. Les écrans de projection empêchent parfois d’avoir une vision globale du plateau ; Le chorégraphe a t-il voulu mettre en abyme nos écrans de fumée derrière lesquels nous ne nous regardons plus réellement ?  Perfusés aux écrans ? On sent une confusion. Tradition, modernité - une difficile équation, vraiment ? 
On voit le personnage du conteur parcourir le cercle lentement sans quitter des yeux les danseurs, il tourne autour comme une ombre, comme une âme perdue qui se dirige ensuite vers le centre et s’assoit. Une allégorie de la sagesse qui s’assoit en face de la jeunesse. Retour au calme, des mots s’échangent, le « jeune » écoute, tête baissée. Quelque chose se passe en lui, aurait-il retrouvé son chemin, ses sens ? Il réunit tous les danseurs face à lui pour le dernier tableau, un ultime partage pour conjuguer passé et présent. Un question réponse sur fond de « mini pilou » comme nomme Richard ce court passage, bien rythmé, synchronisé. On retrouve à nouveau de la joie dans les corps et de l’espace et ça fait du bien ! 
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© Leila Bouchet

On ne découvre que trop tard un petit groupe formé de musiciens du D.M.T.C.P.O* présent depuis le début mais dans le noir, pour « bruiter » et chanter. On reconnaît d’ailleurs une berceuse entendue lors du spectacle d’ouverture du centre Pomémie à Koné en 2012.

Si l’acte de créer une pièce porte en soi la notion de transmission, le chorégraphe creuse davantage ce qu’il y a à extraire et transmettre d’une culture, d’un mythe ou d’un interprète pour fabriquer ses spectacles.

« Il fallait terminer avec une voix qui réconforte et qui apaise sans donner de morale ». Richard Digoué

            SOUS’PERF finit sous un véritable toit de case dessiné par d’immenses faisceaux de lumière qui s’élancent vers le ciel. Sur les écrans défilent des images des danseurs en répétition et en voix off, celle d’une femme qui déroule le texte final écrit par un habitant de Kaméré. Pour le jeune auteur qui n’a pas souhaité que l’on parle de lui, la transmission se passe de reconnaissance, elle doit simplement être « l’affaire de tous », un travail de chœur, à l’image du collectif Nyian.

 

*D.M.T.C.P.O : Département des Musiques Traditionnelles et des Chants Polyphoniques Océaniens du Conservatoire de Musique et Danse de Nouvelle-Calédonie.

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Direction artistique : Richard Digoue

Danseurs : Malachie Arnasson dit Awaï, Jordan Metzger, Abel Djadam Naperavoin, Yoann Ouchot, Zerbina Poarareu, Pascal Teouri, Solenn Wane, Aline Zora.

Textes : Malachie Arnasson (avec le concours des élèves du collège de Kamere et Brunos Thomas)

Création lumière : Sébastien Rague

Création sonore : Stanley Nalo, Kake, Junior Touyada, Vincent Djamali, Ian Perraud.

           

Pour célébrer les 20 ans de création et d’engagement de Richard Digoue et de son collectif, un documentaire est en cours de réalisation par Maï Le Flochmoën (Amborella Productions - JPL productions )

Le réseau MKVK met en ligne une cagnotte jusqu’au 16 octobre pour réunir les fonds nécessaires à la finalisation de ce documentaire. Pour y participer, c'est par ICI.

Le trailer du documentaire Sur les pas de Nyian à voir ci-dessous.

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Rue des Accords de Matignon 
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98 845 Nouméa Cedex
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