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La grande interview de Nasty&ReZa

26 septembre 2017 Le Mag Musique
En 2016, le public a découvert les rappeurs Nasty&ReZa et s’est approprié leur titre phare « Désaccords communs » qui a beaucoup tourné en radio et sur scène. Même s'ils ne savent pas toujours bien qui est Nasty, qui est ReZa, les Calédoniens ont retenu l’essence du duo : un zoreille et un kanak liés comme deux frères, qui travaillent ensemble pour proposer une vision intelligente de notre société, c’est possible. Les deux jeunes hommes multiplient les scènes – notamment avec de prestigieuses premières parties, comme le 9 septembre au centre culturel Tjibaou lors du festival des Francofolies – et enregistrent une mixtape prévue pour la fin d’année et un prochain album.

Endemix : Votre album Désaccords communs et le titre éponyme sortis en 2016 ont été particulièrement remarqués. Aviez-vous anticipé un tel succès ? 

Nasty&ReZa :  À vrai dire, on pensait que ce titre allait faire du bruit, mais en mal, que le public allait nous lyncher parce qu’on mettait en lumière tous les travers sociaux de la Calédonie. On a été les premiers surpris de l’accueil réservé à « Désaccords communs ». Finalement les gens nous félicitent et nous remercient de dire tout haut ce que tout le monde vit tout bas et d’ouvrir une note d’optimisme avec la fin du morceau, où on se prend dans les bras sur scène. 

Effectivement, votre mise en scène, dans laquelle ReZa joue le Kanak en colère et Nasty le Zoreille qui justifie son droit de vivre en Nouvelle-Calédonie, a marqué les esprits. Vous avez beaucoup tourné ce titre sur scène. N’en êtes-vous pas lassés ? 

Soupirs. Si, peut-être un peu, car on nous le demande vraiment très souvent. Après, en toute humilité, on pense que « Désaccords communs » est devenu un classique du rap calédonien et on est fiers de continuer à le faire tourner. Il faut juste faire attention à ne pas s’enfermer uniquement sur cette chanson. 

Quel est votre titre préféré sur l’album ? 

Celui qu’on préfère jouer, c’est « Égalité ». On l’a écrit tous les deux autour d’un thème qui nous tient vraiment à cœur. On est très satisfaits du texte et on a de bons retours sur l'écriture de la part des rappeurs. C’est un sujet important pour nous car même si l’égalité est considérée comme une des valeurs les plus représentatives de la France, ce n’est pas du tout une réalité au quotidien. Beaucoup d’inégalités persistent sur tout un tas de sujets et ne vont pas s’effacer demain. 

« Égalité », « Liberté », « Fraternité », « Ouvrier »… Comment définiriez-vous les inspirations de votre musique ? 

On est vraiment dans du rap conscient, très ancré dans le réel et dans la société dans laquelle on vit. On puise nos références chez des rappeurs à texte assez vintage, comme Kery James, Oxmo Puccino, Keny Arkana. Mais on cherche aussi à se démarquer de la mouvance rap française en développant une identité calédonienne, en traitant des sujets du pays. 

On a été les premiers surpris de l’accueil réservé à « Désaccords communs »

Quel regard portez-vous sur le rap calédonien ? 

La scène hip-hop est particulièrement vivace ! On y trouve beaucoup de styles et une réelle ambiance de corps. Il y a des collectifs très dynamiques comme Ina Di Street et Dix vers Cités, association dont nous sommes membres. Pablow est particulièrement actif et trouve des dates pour les groupes et on se mobilise tous pour venir sur scène.Il y a une très grande diversité de styles aussi : du rap conscient, comme OJ ou nous ; du rap plus festif avec une plus grande recherche mélodique comme avec Chavi ; ou du trap music, avec Pacifika Hood ou Sanak par exemple. Aux côtés des musiciens, il y a les danseurs et les graffeurs. Quand on est tous réunis, ça donne un vrai show hip-hop. 

Le public vous connaît bien en tant que duo, mais a parfois du mal à savoir qui est Nasty et qui est ReZa. Pourriez-vous vous présenter individuellement ? 

Nasty : Pour commencer, il est important de préciser qu’on se considère plus comme un duo d’artistes que comme un groupe. Pour le moment, on veut vraiment garder notre liberté artistique. Sur certains lives, d’ailleurs, on commence à poser des solos, ReZa plus en reggae et moi plus en rap pur. Pour ma part, je viens de Saint Malo en Bretagne. Je me suis installé en Nouvelle-Calédonie en 2007. Tout est parti d’un rêve, celui de vivre sur une île, sous les cocotiers, de kiffer sa vie… 

Je ne connaissais pas du tout le pays, j’en avais une image bien idéalisée. Je rappais déjà en France, j’étais MC. MC Nasty ! J’étais fan du rappeur Nas et nasty, en anglais, ça veut dire mauvais, méchant. Ca me correspond bien ! (rires). J’ai été graffeur aussi et le flow (la beauté graphique, ndlr) de Nasty me plaisait bien. Quand je suis arrivé en Calédonie, je n’ai pas rappé pendant plusieurs mois. Il faut croire que j’étais trop heureux. J’ai besoin de colère pour écrire et rapper. Et, au fil du temps, je me suis rendu compte que la vie n’était pas si belle et si simple ici. Alors, j’ai repris mon crayon et mon micro. 

ReZa : Moi, je suis de Bourail, de la Roche Percée. Mon nom civil, c’est Fabrizio Bottaro. Mon grand-père est Sicilien. La famille de ma mère est Kanak. Joli métissage, mais pas toujours évident à vivre. Toute mon enfance, j’ai entendu les débats entre loyalistes et indépendantistes, mais tout le monde gardait en tête que le plus important, c’était la famille. Ça n’a jamais débordé. J’ai grandi un pied dans chaque univers, entre la tribu et la ville à Bourail, Babylone comme on l’appelle. J’ai hérité d’une identité kanak. J’ai appris à danser pendant les fêtes à la tribu, mais je ne parle pas la langue. Je comprends un peu en fonction du contexte, mais je ne peux pas tenir une discussion. Quand j’avais 6 ans, je suis allé en Sicile. J’étais le seul black dans la rue. Jamais vraiment Kanak, jamais Européen… J’ai commencé à écrire des textes de rap et des paroles de chansons à l’adolescence et je joue aussi de la guitare. En 2014, j’ai été sélectionné pour partir avec la délégation calédonienne lors du festival des arts mélanésiens en Papouasie-Nouvelle-Guinée, dans la catégorie slam. Ça a été une révélation : jouer sur scène, se présenter devant des centaines des personnes ! Depuis ce moment-là, je n’ai jamais arrêté de faire de la musique. 

Comment vous êtes-vous rencontrés ? 

Par le biais de nos mères qui sont amies. On a fini par savoir qu’on faisait de la musique tous les deux et qu’on écrivait des textes. On a organisé quelques rencontres, on a posé quelques textes ensemble et on s’est rendu compte qu’il y avait d’étonnantes similitudes dans nos façons de voir les choses, de parler de la société, des sujets en commun qui nous touchaient tous les deux. Au début, on n’a jamais pensé faire un album ensemble, et puis ça s’est imposé presque tout seul. 

Vous avez chacun des parcours personnels riches, avec des racines culturelles et des traditions fortes. Pensez-vous pouvoir les exploiter, un jour, dans votre musique ? 

En choeur :  C’est vrai qu’entre la Bretagne et la Nouvelle-Calédonie, il y a de quoi faire du point de vue héritage ! 

Nasty : La devise de Saint Malo est  « ni Français, ni Breton, Malouin suis ». Une vision très chauvine des choses, qui nous rapproche pas mal avec ReZa ! Quand je suis arrivé en Calédonie, j’ai été accueilli comme un frère. J’ai bossé sur des chantiers, avec toutes les communautés du pays et je n’ai jamais eu aucun problème. Mais administrativement, je suis considéré comme un étranger. Malgré tous les services rendus, pour la jeunesse, pour la musique, malgré tous les impôts payés, je continuerai à être un Zoreille. Je trouve cela décevant et ça me donne encore plus la rage pour écrire et en parler dans les chansons. 

ReZa : Beaucoup de monde me demande de chanter ou de rapper en langue. Mais j’en suis incapable pour le moment ! J’ai écrit quelques textes que j’ai fait traduire par une tante kanak, pour essayer de rattraper un peu le temps perdu. Mais ce n’est pas la même chose que de savoir écrire seul, dans une langue que je devrais maîtriser.

On nourrit quand même secrètement le rêve de pouvoir, un jour, écrire un texte en langue et en breton. Ce serait dix fois plus fort que « Désaccords commun »…

Reza et Nasty_0029.jpg

Le deuxième album en perspective…

« À la différence de Désaccords communs, qui traitait de thèmes assez universels, on travaille, pour le deuxième album, sur des sujets plus calédoniens. On fait pas mal de recherches sur des faits historiques pour s’en inspirer. Même pour la musique, on voudrait donner une vraie "new cal’ touch" avec un beatmaker local pour la création de la bande son. Pour le moment, tout cela est encore en réflexion. Avant le deuxième album, on voudrait sortir une mixtape. Elle prendrait la forme d’enregistrement de nos titres, mais avec un son moins peaufiné que sur un album. »

Nasty&ReZa sur la scène des Francofolies Nouvelle-Calédonie

Le 9 septembre, Nasty&ReZa en compagnie de DJ Fool, sont programmés sur la scène hip-hop des Francofolies. Ils partagent la première partie de la soirée avec Les 100 Fous et Section Autochtone du Pacifique, avant que les têtes d’affiche Black M et Youssoupha entrent en scène. Pour se présenter au mieux, les deux rappeurs et le DJ ont suivi un coaching scénique avec Juliette Solal, organisé par le Pôle export de la musique et des arts. L’objectif pour les trois artistes : se faire remarquer par les programmateurs internationaux invités par le pôle et lancer leur carrière à l’export. 

Par Claire Thiebaut, 2017

Photos : Marc Le Chélard 2017

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