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Nayrouz - Des roses avec des piquants !

4 décembre 2017 Le Mag Musique
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Trois ans après son deuxième album, le groupe Nayrouz sort son nouvel opus, Passagères. Les filles de Xodre à Lifou reviennent encore plus pétillantes portant gaiement leur message d’optimisme et espèrent motiver d’autres femmes, et a fortiori des Kanak, à se lancer dans l’aventure musicale. Car pour elles, ce n’est que du bonheur !

Endemix : Comment a été créé le groupe Nayrouz ? 

Rose Kofi : Au départ, il n’y avait que ma cousine Sandrine (Gitie, ndlr) et moi. On avait 15 ans et on chantait ensemble, surtout à la tribu pendant les vacances scolaires car on était à l’école à Nouméa. Beaucoup de reprises, mais on avait déjà quelques compositions, des textes de jeunes filles, sur la vie en général et nos aventures, sur nos amours aussi ! Les autres filles de la famille gravitaient autour de nous. Un peu plus tard, on rêvait bien de fonder un groupe et d’enregistrer un album, mais on attendait de finir nos études – Sandrine était partie en Métropole. Et on avait envie de faire comme les garçons, notamment comme le groupe Oriatal qui vient aussi de Xodre. On a choisi le nom de Nayrouz en référence au surnom de notre tribu, « Les roses d’Oriane ». En verlan, ca donne quelque chose approchant de Nayrouz !

2012 semble être le bon moment. Vous vous lancez ! 

Rose : Oui et non. On se sentait prêtes, on avait les textes et la musique, mais on a beaucoup hésité à se lancer suite à la mort consécutive de deux des membres du groupe Oriatal. On était très soutenues par Jyvess, le leader du groupe, alors on a fini par sortir l’album en hommage, comme dans le titrePar Amour

Vous saviez chanter, mais comment avez-vous composé les mélodies de l’album ? 

Rose : Effectivement, on ne joue qu’à la guitare alors on a eu besoin d’autres musiciens pour travailler les mélodies. On a fait appel à des musiciens de la tribu avec qui on pouvait s’exprimer librement. Pour le premier album, on savait ce qu’on voulait, mais on leur faisait aussi confiance sur les arrangements. Pour les deux albums qui ont suivi et en particulier le dernier, on a beaucoup progressé et on a pu s’émanciper un peu des musiciens et s’autoriser le droit de dire « je n’aime pas » pendant les phases de travail. 

Comment le public a reçu ce premier album ? 

Rose : Les gens qui nous connaissaient déjà ont été très enthousiastes. Les gens de la tribu et de Lifou étaient fiers. On était souvent invitées dans les fêtes paroissiales. Et ceux qui nous ont découvertes ont beaucoup aimé les harmonies vocales. 

Concernant le fait que vous êtes un groupe exclusivement féminin : quels retours avez-vous eus ? 

Laura Payan : (rires) C’est une façon de voir très européenne. On n’a jamais vraiment décidé de ne rester qu’entre femmes. Le groupe s’est constitué comme ça au fil du temps, même s’il est vrai qu’on essaie d’encourager les jeunes femmes de la tribu à faire de la musique. Peut-être qu’on aurait pu avoir des problèmes, mais ça n’a pas du tout été le cas et le public nous a prises pour ce qu’on était : un groupe de musique. 

Les groupes 100 % féminins sont quand même très rares, encore plus si on parle de femmes kanak. Avez-vous une explication à cet état de fait ? 

Laura : C’est vrai que les femmes kanak ont beaucoup à faire. Entre le boulot, la famille et la coutume, on est bien chargées. Pour rire, on nous surnomme « les cigales » à la tribu, parce qu’on ne fait que chanter. Nous-mêmes, on s’en amuse en répondant qu’on ne sait faire que ça ! Les choses s’améliorent, mais effectivement, l’image de la femme mariée, « casée », cantonnée à la famille et au travail est encore tenace. Surtout, pour Rose, par exemple, qui a une grande famille. 

Rose : Pourtant, autour de moi, tout le monde sait que chanter et jouer avec Nayrouz est ma bouffée d’oxygène, ma soupape. Alors personne ne dit rien (rires !).

Vous avez presque toutes des métiers qui vous exposent au public dans des contextes très différents de la scène. Comment gérez-vous votre notoriété ? 

Laura : Je suis professeure au collège de Koutio et quand les élèves ont commencé à avoir des soupçons, je me suis inventé une jumelle maléfique qui faisait de la musique. Mais ça n’a pas tenu bien longtemps et j’ai avoué. Comme en Nouvelle-Calédonie beaucoup d’artistes ont un métier en parallèle, le public est plutôt habitué. Et puis, cette couverture d’Endemix sera notre coming-out définitif !

Rose : Ça a été plus difficile pour Sandrine qui travaille dans l’armée et qui doit être vigilante sur ses propos et ses attitudes, mais il n’y a jamais eu de problèmes. 

Laura : En réalité, on n’est pas non plus des rock stars ! Notre public est principalement composé de Mélanésiens de Lifou et de Nouméa qui nous connaissent déjà personnellement. Par exemple, on n’est presque pas connues dans le Nord. On n’a jamais fait de grande tournée pays.

Vous avez sorti Passagères, votre troisième album en septembre dernier. Comment le décririez-vous ?

Laura : On a gardé l’essence de Nayrouz, c’est-à-dire les harmonies vocales héritées des taperas et des chants do. Elles sont vraiment notre marque de fabrique. On les a conjuguées à différents rythmes, des balades, du kaneka, un peu de zouk, un peu de pop… C’est la continuité du deuxième album Mikizie sorti en 2014, dans lequel on avait déjà renforcé le travail des voix. Pour les thèmes, on reste aussi dans notre registre : on aborde des sujets légers, ce n’est pas de la chanson engagée. Depuis le début, il faut trouver le dénominateur commun entre toutes les filles du groupe et on n’a pas toutes les mêmes centres d’intérêt ou les mêmes combats. Alors, pour parler de choses qui nous rassemblent, on préfère rester dans le domaine festif et transmettre de la bonne humeur.

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Marc Le Chélard 2017
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Marc Le Chélard 2017

Vous ne souhaitez pas vous servir de votre aura pour mettre en lumière des sujets féministes ? 

Laura : Nayrouz n’est pas un groupe féministe, c’est un groupe féminin. On s’amuse à jouer avec la frontière qui sépare les deux termes, avec une écriture effectivement féminine et dans laquelle on tord le cou au « cliché de la fille ». On se dit « les Roses de Nayrouz », mais les gens qui nous connaissent savent qu’on n’est pas vraiment des jolies fleurs toutes belles qui sentent bon… Ou alors, on est des roses, mais avec des gros piquants (rires) ! On va encourager nos petites sœurs à faire de la musique, des études, à prendre le relais du groupe, à être heureuses, mais nous ne menons pas de combat féministe à proprement parler. Ceci dit, on a dans nos cahiers une chanson hommage aux femmes. Et au regard de l’actualité de ces derniers mois sur les violences faites aux femmes, on regrette de ne pas l’avoir publiée dans Passagères. On réfléchit à peut-être sortir le titre en single en 2018. 

Qui compose, qui écrit ? 

Laura : On écrit et compose presque toutes. Rose est plus à l’aise dans l’écriture en drehu et moi en français. Même si nos messages sont entendus par plus de monde quand on chante en français, c’est très important pour nous de garder un ancrage fort à Lifou.

Personnellement, je regrette de ne pas être plus à l’aise en drehu, car j’adore écrire, j’adore jouer avec les mots et déformer la langue, mais je ne pourrais pas le faire en drehu. J’admire beaucoup des artistes comme Edou qui maîtrisent tellement bien leur langue qu’ils en font tout un poème !

Vous êtes nombreuses dans le groupe – huit sur cet album, neuf au total dans toute l’histoire de Nayrouz. Comment vous organisez-vous ?

Laura : Il y a surtout plusieurs générations. On évolue entre 20 et 36 ans. On respecte la notion de hiérarchie d’âge, très importante chez les Kanak. Rose a le droit d’aînesse et avec Sandrine elles sont un peu notre Sénat : elles ont un droit de véto !

Nayrouz et sa discographie

Rose, Sandrine et Glenda Selefen sont les premières artisanes de Par Amour, le premier album de Nayrouz sorti en 2012. 

Puis l’équipe s’étoffe en  2014 pour Mikizie, où les jeunes femmes de la tribu de Xodre rendent hommage aux Mikes, groupe de Lifou des années 1980. Elles n’ont pas la prétention de s’installer au même niveau, mais clament quand même qu’elles aussi comptent désormais dans le répertoire musical drehu. 

En 2017, le groupe revient avec Passagères, titre qui évoque bien les allées et venues au gré des années des neuf artistes qui composent Nayrouz. Si Rose Kofi était leader du groupe jusqu’à cette année, elle cède petit à petit le flambeau à Laura Payan.

Par Claire Thiebaut, 2017

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