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Paul Wamo - Concert Sol

9 août 2017 Les articles Musique
visuel
Au centre culturel du Mont-Dore en octobre 2016, Paul Wamo présentait son spectacle Sol, créé en Métropole la même année. Si les Calédoniens ont découvert l’EP du même nom au début de l’année, c’était la première fois que le poète-slameur revenait en Nouvelle-Calédonie et dévoilait sa création à ses pairs. Il marche sur des œufs, Paul Wamo, au début de son spectacle. On sent que pèsent sur lui toute la pression de montrer ses acquis métropolitains mais aussi, et surtout, le regard aiguisé des Calédoniens, des Kanak particulièrement, sur une création qui « présente » la culture calédonienne et mélanésienne en France.

Si Paul Wamo s’était conté

Après sa désormais traditionnelle généalogie spatiale – « Je m’appelle Paul Wamo Tan. Je viens de là et de là et de là et de là et de là » –, Paul explique que ce spectacle est créé pour la France, pour « là-haut », pour des spectateurs qui ne connaissent pas la Calédonie. On imagine aisément la complexité du travail : réussir une mise en scène distrayante, pédagogique, symbolique, digne de sa culture, sans pervertir, sans simplifier, sans dramatiser ni enjoliver. Mais Paul assume et assure. Il alterne avec facilité les moments où il est artiste et les prises de parole ambassadrices qui introduisent succinctement les thèmes abordés dans ses slams et chansons, comme cette définition du kaneka, cette « lutte face à l’oubli » qui précède le titre « Kri Kaneka ».

Dans Sol, Paul est à la fois l’animateur et l’interprète de lui-même, remplissant tous les rôles sur des scènes métropolitaines où on ne l’attend(ait) pas. Et, loin de mettre le Caillou sous cloche, il a bien compris que l’humour était un bon porte-voix. Il lancera avant son fameux titre « Aemoon », une cocasse description de la Nouvelle-Calédonie « avec ses belles plages, ses belles femmes, et là où on mange des petits enfants ». Là, le public est interpellé, rit –  Ah, les clichés ! – et comprend alors que ce show est hors-norme, qu’il faudra rester bien alerte pour ne rien perdre d’un spectacle subtil, rythmé, et dont il n’a que peu de clés de lecture.

 

Public, lève-toi !

Car la forme étonne : Paul danse, slame, crie, lit, déclame des prières d’amour (à sa terre dans « Je reviens »), transpire, se moque, s’indigne. Le tout sur une scène presque vide, souvent agrandie d’une projection en fond et juste occupée par deux musiciens – Gus Wayenece, batterie, basse, percussions, et le guitariste Wim Welker – qui suivent le rythme donné par leur figure de proue. Si la mise en scène est réglée comme une horloge – les chœurs naissent au bon moment, les mouvements empathiques du slameur sont soulignés par les coups de grosse caisse –, on regrettera parfois le peu de communication et de jeu avec ses acolytes qui rend le tic-tac un peu froid.

 

Bien qu’il fût déjà l’un des artistes calédoniens les plus charismatiques sur scène, habitant les espaces de son « kri », Paul a très clairement progressé dans sa maîtrise scénique, captivant ses auditoires par son verbe et son geste, le fond et la forme. À deux reprises, l’orateur harangue la plèbe : avec la lecture d’un extrait de l’auteur Frantz Fanon, Peau Noire, Masques Blancs, puis au sujet du génocide en West Papua. En rencontrant le journaliste freelance Philippe Pataud-Célérier, Paul Wamo a renforcé son engagement dans la dénonciation du drame papou dont peu se préoccupent. Dans un slam particulièrement éloquent, lu sur une poignée de A4 blancs qu’il effeuille au fil des mots, Paul dresse un parallèle entre le silence de la communauté internationale et les richesses aurifères du sol papou. Si certains spectateurs bloquent face à cette prise de parole des plus engagées, ils pourront lui redonner un sens se rappelant que le spectacle s’appelle Sol.

 

Paul Wamo est reparti pour deux nouvelles années en France. Il citait Frantz Fanon : « Il ne faut pas chercher à fixer l’homme, car son destin est d’être lâché ». Alors quand on voit cet artiste, monté sur ressort, pour qui sa terre est si importante mais qui s’expatrie pour grandir, on veut lui répondre : « Alors, va Paul Wamo Tan ».

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