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Les résidences artistiques ou comment habiter la création

21 octobre 2020 Espace PRO Arts visuels Oralité Théâtre Musique Danse
visuel
Étape essentielle, incontournable de la création artistique, la résidence est un temps de réflexion, de recherche, de maturation d’idées, de remises en question aussi, de doutes parfois… Si les idées peuvent surgir n’importe où, n’importe quand, les questionner, les mettre en ordre, les assembler avec cohérence pour en faire une production artistique aboutie demande du temps et un espace adapté aux besoins de chaque forme d’art. Sous sa forme collective, la résidence est aussi le lieu de rencontres et d’échanges artistiques. Elle est ce terreau fertile qui fait germer les graines, transforme les idées, les regards croisés pour donner naissance, dans la plupart des cas, à un projet commun. Atelier, répétition ou formation, les contours de la résidence sont parfois flous et les formes plurielles, mais sa finalité reste toujours la même : la rencontre…

POUR CRÉER, ET PLUS ENCORE

Créer en solo ou à plusieurs nécessite un lieu adapté qui offre la possibilité de s’immerger le temps idéal pour mettre en forme sa peinture, sa sculpture, sa musique ou encore sa danse… Et chaque discipline possède ses propres besoins. Petelo Tuilalo, responsable du département des arts plastiques et des expositions (DAPEX) au centre culturel Tjibaou explique que l’atelier réservé à la sculpture est très prisé car il permet aux sculpteurs de pouvoir jouer de la tronçonneuse toute la journée sans déranger les voisins, tout en travaillant de gros volumes. En plus des deux ateliers réservés aux artistes plasticiens, le centre culturel peut mettre à disposition du matériel en fonction des besoins. Priorité évidemment aux artistes inclus dans la programmation du centre, mais bienvenus sont les autres en fonction des disponibilités. Et pour les artistes qui résident hors du grand Nouméa, possibilité leur est offerte de dormir sur place dans le studio aménagé à cet effet. À noter que le CCT est le seul établissement à pouvoir héberger les artistes sur leur lieu de création, grâce à une grande capacité d’accueil. Mais ces modules sont réservés en priorité aux scolaires…

Les centres culturels ouvrent leurs espaces autant que possible aux artistes en création, chacun avec ses contraintes d’horaires ou de plannings… Le centre culturel du Mont-Dore doit par exemple jongler avec les disponibilités de ses espaces en fonction des cours de danse ou de théâtre qui les occupent une bonne partie de l’année. Il faut donc souvent, en plus d’interrompre le temps de la création, déplacer le matériel, une vraie contrainte pour certains projets avec une imposante logistique. Seule la période des vacances d’été permet une occupation sur du plus long terme. Mais comme le souligne Grégory Louzier, responsable du lieu, la résidence permet un échange, offre une écoute et s’accompagne dans la mesure du possible d’un soutien logistique et technique, parfois financier voire même administratif, en fonction des projets. 

« Le but est que les artistes aient seulement à se concentrer sur leur travail de création » Grégory Louzier

Le centre d’art de la ville de Nouméa accueille quant à lui des compagnies en résidence toute l’année, ce qui leur offre un espace de création dédié à temps complet (Les Incompressibles, la compagnie de l’Archipel, Les Kidams).

Au Rex, qui accueille également des artistes en création, il s’agit d’accompagner des projets qui font sens avec les missions de la structure et son public cible (15-25 ans). Pour exemple, le lieu accueille la compagnie de danse Nyian, comme une suite logique au parcours de ses jeunes danseurs qui se sont formés entre ces murs. La quasi-totalité de ces résidences donne lieu à la diffusion de créations dans le cadre d’événements bien inscrits dans la saison.

Avec le Studio 56, la commune de Dumbéa fait quelque peu figure d’exception sur le Caillou. Pensé pour et réservé à la création artistique, il s’inscrit dans un projet et une vision politique et artistique bien plus vaste à l’échelle d’un territoire. Après avoir été un centre culturel multifonctions, il a été décidé de faire de cet espace « le point de départ de la création culturelle et de l’offre décentralisée sur la commune », comme l’indique Olivia-Manissa Panatte, responsable du Studio. La commune étant très étendue, la volonté est donc d’adapter l’offre au territoire. Depuis 2018, des appels à projets sont lancés pour accueillir des artistes en résidence tout au long de l’année. Ils bénéficient alors de l’équipement pendant sept semaines consécutives. Ce temps long permet aux artistes de s’approprier le lieu, et favorise les échanges et le dialogue avec les équipes sur place, pour un accompagnement humain et professionnel. De plus, la commune s’engage à acheter quatre diffusions, dont 3 en décentralisation pour aller à la rencontre des populations et créer du lien social. Les artistes quant à eux, s’engagent à respecter le cahier des charges très détaillés de l’appel à projets auxquels ils répondent, et à adapter leurs créations aux conditions de décentralisation.

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Les problématiques et les objectifs des résidences sont néanmoins variés en fonction du contexte territorial. Hors Grand-Nouméa, leur intérêt réside avant tout dans la transmission des savoirs culturels traditionnels (chants, danse, sculpture…). Pour ce faire, en Province des Îles, de nombreuses résidences artistiques en milieu scolaire ont vu le jour depuis 2018. À Hienghène, le centre culturel Gwa Ma Bwarhat a récemment organisé des résidences sur le chant polyphonique doh. Il s’agit là d’une formule proche de l’atelier dans le but de trouver un espace commun toujours pour pratiquer et transmettre. Angelo Fiesdepas, chargé d’actions culturelles du centre, envisage également de mettre en place des résidences de danse traditionnelle afin de redynamiser la pratique dans la région tout en la reformulant afin qu’elle puisse sortir de son cadre de cérémonie coutumière et être présentée en public.

 

INSPIRATION ET IMMERSION

« Il n’y a rien de mieux que les relations humaines pour s’inspirer ». Sacha

Quelle soit la forme d’art, vivante ou plastique, le processus est un cheminement, sans cesse en évolution, il faut essayer, chercher, comme dans un laboratoire pour finalement trouver LA formule !

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©Aviya Kopelman

À la Cité internationale des arts (CIA) à Paris, des centaines d’artistes du monde entier sont accueillis chaque année en résidence de création. L’intérêt de la CIA est aussi le fait d’être un vivier, fourmillant d’artistes avides de tisser du lien. Et pour ceux qui viennent de Nouvelle-Calédonie, c’est une expérience forcément très riche, ça permet de sortir de sa zone de confort et se confronter à d’autres univers. Sacha qui y a été accueilli l’an passé, note que cette résidence lui a permis de prendre confiance en lui et en son travail, et de pouvoir enrichir sa création en se nourrissant des autres.

« Il est important de se remplir pour pouvoir composer et créer. Je crois qu’il n’y a rien de mieux que les relations humaines pour s’inspirer. Écouter les histoires de chacun, imaginer leurs vies dans ces pays, la manière dont ils vivent leurs conditions d’artistes. C’est si enrichissant et cela rend humble. » Sacha

Pour la danseuse Linda Kurtovitch, également accueillie à la Cité jusqu’à fin octobre, « il y a toujours quelque chose à apprendre, à découvrir, à retenir. Tout ce que je vois ou entends ici est déjà « rencontre » en soi ». Et elle poursuit « cette résidence est un temps suspendu utile et nécessaire à tout artiste en recherche et qui souhaite « fabriquer » des créations. On a besoin de ce temps dédié, c’est une première pour moi et je veux déjà recommencer ».

Si l’inspiration se nourrit de l’environnement, de rencontres et d’échanges, la création demande souvent une forme d’isolement, de concentration. Le fait d’être allégé de certaines obligations quotidiennes favorise en outre la créativité. « Je dors au 4ème étage et le studio de répétition est au -1 : Ça pour moi c’est le rêve », poursuit Linda. Le plasticien Fabrice Ballay qui a lui aussi résidé à la CIA pendant la période troublée du confinement raconte que cette résidence lui a permis « une forme de sérénité, du temps pour faire les choses sans être sous pression » et de se « centrer sur l’essentiel ».

 

PENSER LA RÉSIDENCE AU DELÀ DU LIEU

Si les enjeux des résidences ne sont pas partout les mêmes, Quentin Rouiller, directeur artistique de la compagnie Moebius accueillie en résidence au Studio 56 de Dumbéa depuis plusieurs années maintenant, insiste de son côté, sur la nécessité de réellement habiter le lieu où l’on créé. L’intérêt est de le faire vivre, en créant des réseaux et du lien avec les différents acteurs du quartier et de la commune en général. L’idée est que ces lieux de résidence fassent corps avec le territoire dans lequel ils prennent place, en incluant les artistes à la vie de la cité, du quartier et en développant des actions transversales avec les jeunes, les séniors, les familles…

Émilie Féron et Liza Prouchandy, elles-aussi lauréates d’appels à projet du Studio 56, ont bénéficié d’une résidence en milieu scolaire. En immersion pendant trois semaines dans l’école Victorien Bardou à Dumbéa, les nombreux échanges avec les enfants via des ateliers ou des temps informels de rencontre, ont considérablement nourri leur travail de création. Cette formule permet également de tester ses idées auprès du jeune public pour avoir des retours instantanés. Une expérience inoubliable tant pour les enfants que pour les artistes qui ont pu élaborer les fondations de leur spectacle vivant Pas pieds.

Une vision globale qui dépasse largement les frontières de l’art et fait de la résidence un enjeu politique et social en somme…

C’est aussi de cette façon qu’a été pensé le projet de résidences collectives Paroles d’Océans (en partenariat avec l’ONG The Pew Charitable Trusts-Fondation Bertarelli, l’A.D.C.K et l’A.L.K) en réunissant des artistes des quatre coins du Pays et en pleine immersion dans des tribus de Yaté, Thio et Maré. Dans ce cas, le résultat importe moins que la résidence en elle-même car il y a d’abord une volonté de faire se rencontrer les hommes, les arts, et les savoir-faire, sans direction artistique définie. L’enrichissement est mutuel, les idées se construisent pas à pas dans l’échange, et suivant un rythme propre à chacun. En témoignent les retours du DJ Incontrol, connu pour sa production musicale électronique, et qui a passé pas loin de 15 jours à la tribu de Kurine à Maré. La rencontre avec la troupe de théâtre Roiso, qui se produit essentiellement en nengone, l’a amené à s’intéresser à cette langue pour pouvoir dépasser les difficultés de compréhension et pouvoir travailler. Ainsi, oralité, enregistrements sonores et compositions musicales ont aisément trouvé leur espace commun d’expression…

En plaçant le partage et l’échange au cœur du travail artistique, ce type de résidence collective ouvre la voie vers une manière océanienne d’envisager la création et force est de constater qu’il y a dans ces rencontres une sorte de magie qui s’opère. Alors en ces temps où tisser du lien est plus que fondamental pour le devenir du Pays, il est intéressant de s’inspirer de ce type de projets qui montre bien la dimension fédératrice de la création artistique.

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© Cyril Pigeau / The Pew Charitable Trusts

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