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Adilio Poacoudou

Arts plastiques
visuel
Originaire de Canala, le peintre Adilio Poacoudou voit les choses en grand : ses portraits et ses fresques s’affichent sur des toiles ou des murs monumentaux. Celui qui a commencé par des études scientifiques est finalement revenu à ses premiers amours artistiques. En 2004, il intègre l’école des Beaux-Arts d’Angers, avant de revenir au pays pour enseigner les arts plastiques en parallèle de sa carrière d'artiste .

De Canala à l’Anjou n’y aurait-il qu’un pas ? Certes non, pas plus que d’un baccalauréat en sciences médico-sociales à l’entrée d’une école des Beaux-Arts. Mais Adilio Poacoudou est de ceux qui ne craignent ni le voyage, ni l’effort, de ceux qui savent un jour pousser une porte, saisir leur chance tout en gardant à l’esprit d’où ils viennent.

Mû par son seul goût du dessin – et sans doute du défi, Adilio Poacoudo, s’inscrit en 2003, parallèlement à ses études de biologie, à un cours préparatoire de quatre mois à l’entrée des écoles d’art métropolitaines. Cette même année, il se fait remarquer localement ce qui lui vaut d’intégrer la délégation d’artistes de Nouvelle-Calédonie pour participer au Festival des Arts du Pacifique de Palau. Un premier voyage qui sera rapidement suivi d’un deuxième pour rejoindre la capitale Angevine et l’école des Beaux-Arts où il est admis. Ainsi Adilio Poacoudou quitte la tribu de Nakéty où il a ses racines et s’installe en France pour découvrir les univers artistiques aussi divers et foisonnants que ceux de Van Gogh, Duchamps, Yan Pei Ming, Ingre, Michel Ange, Vinci ou encore de Delacroix, Klimt et Buren.

Des Maîtres, il apprend les techniques. L’huile particulièrement retient son attention. Il travaille avec acharnement ce médium tout en tentant d’exprimer le lien viscéral qui l’attache à sa terre et à son clan. En 2005, lors d’un séjour à Venise en 2005 à l’occasion d’une biennale d’art visuel, son œil est particulièrement capté par les natures mortes de Giotto. C’est pourtant vers le visage qu’il concentre toute son énergie, tentant d’aller toujours plus en profondeur pour saisir le reflet fugace de la personnalité même de ses modèles car dans sa langue le mot artiste (asu rè kwéé döu) signifie celui qui grave le reflet de toutes choses et notamment de l'esprit réel et irréel, du visible et de l’invisible.

Vient ensuite le temps de présentation du travail accompli, des recherches menées pendant sept ans d’études. En 2008 et 2009, il participe à des expositions collectives au château d’Oiron puis au Musée d’Angers, entre autres. En 2010, il est l’un des rares Kanak diplômés d’une école des Beaux-arts. Il multiplie alors les expositions individuelles au centre Jacques Tatie, à la gare SNCF d’Angers, ou encore à la Maison de la Nouvelle-Calédonie à Paris, Rochefort et Saint-Nazaire. Cherchant toujours à confronter son travail avec de nouveaux publics, il présente ses toiles au théâtre du cimetière du Père Lachaise à Paris et à l’Espace Senghors de Verson en Normandie avant de revenir en Nouvelle-Calédonie en 2013.

En parallèle du métier d’enseignant en Arts Appliqués, il poursuit son travail d’artiste en participant à une exposition collective de land art au Jardin de Méaré à La Foa. En 2016 il prend part à des rencontres d’artistes océaniens lors d’expositions à l’international : à l’université du Waikato à Hamilton en Nouvelle-Zélande et à Guam lors du 12e Festival des Arts du Pacifique. Désormais Adilio se consacre exclusivement à son art.

Conciliation

Durant les neuf années passées en France, Adilio Poacoudou n’a eu de cesse que d’élargir son horizon, explorant la peinture et les arts occidentaux mais aussi africains qu’il découvre lors d’un voyage au Mali. La recherche de son identité artistique ne semble pas passer par une remise en question de sa propre identité culturelle mais bien par la conciliation de celle-ci avec les modes et techniques d’expressions picturales dont il sonde en permanence les possibilités.

Utilisant des techniques aussi différentes que le crayon ou le pastel sec et la peinture à l’huile – exclusivement, il envisage l’art dans la multiplicité des moyens mis au service de reformulation de son rapport au monde, de la recherche du passé et de la conservation du lien avec les ancêtres, si fondamental dans la tradition kanak.

L’art est pour lui un vaste champs d’expérimentation et d’expression de cet attachement indéfectible à sa culture et aux siens. La conciliation des techniques artistiques occidentales avec l’humilité de celui qui prend la parole via ses pinceaux, lui permet de livrer au début des années 2010 une forme nouvelle d’impressionnisme pictural par le choix qu’il fait de représenter des hommes et des femmes de son entourage. Au centre de la toile les visages, leur expression et le regard recomposent un quotidien kanak dont la simplicité et la vérité n’ont d’égale que ses fonds, sans fioritures, d’aplats noirs ou colorés. Les traits des pinceaux et « les hachures », quant à elles, donnent vie, touche à touche, à cette première série de portraits pour mieux par et dans le regard entrer dans l’univers kanak.

Mais l’art du portrait que développe Adilio – de même que le statut d’artiste qu’il assume pourtant – constitue une véritable gageure dans le monde kanak où l’individualisation et la représentation ne sont pas culturelles. L’œuvre qu’il conçoit depuis la métropole constitue de fait une forme de « guérison intérieure », une manière de panser le déracinement et de retrouver et cultiver le lien sacré à la « tête » – et notamment aux crânes des ancêtres qui étaient conservés et touchés dans la tradition kanak ancienne.

Le retour au pays natal marque pour Adilio le début d’une recherche celles de ses racines et de son clan. Il recompose alors de nouveaux portraits dans lesquels il intègre la représentation d’une partie sculptée par la peinture à l’huile ou le pastel. Adilio Poacoudou rend hommage à l’art traditionnel kanak de la sculpture sur bois, aux « Anciens », mais aussi à la valeur spirituelle de cette dernière. Il cherche avant tout à renouveler cet art et à créer ses propres sculptures du bout de ses pinceaux.

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©Marc Le Chélard

L’œil en perspective

Sur les pas de ses « Vieux », il chemine au Sud-est de la Grande Terre, de Nakéty à Houïlou et Kouaoua. Il interroge les membres de sa famille, ceux de son clan, glane des photos. Une trajectoire qui le ramène au nom de son clan Pîmè – la graine de l’œil en langue a’jië – et à Poacoudou, son patronyme, qui désigne dans la langue xârâcùù la « barbe de cocotier » dont est fait l’écorce des monnaies traditionnelles kanak échangées lors des cérémonies coutumières. Pas étonnant donc que son travail tourne désormais autour de l’œil-reflet, de l’œil-paysage, l’œil-témoin du passé ou de l’œil totémique du lézard dans une imbrication d’images et de symboles. De la case et des racines de magnagna – tubercule sacré symbolisant les lignées descendant du même ancêtre – à la pupille ou encore au cosmos, le cercle occupe désormais le centre de la toile, cœur palpitant d’une œuvre qui tend désormais vers une forme d’abstraction.

 

Par Virginie Soula, 2019

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