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Francia Boi

Arts plastiques
visuel
Même si elle n’est pas cette bête d’exposition qui accroche ses toiles aux quatre coins du pays, Francia Boi est très présente dans la vie artistique calédonienne. Cette illustratrice, qui préfère le terme d’illustrateur – car elle entend « castratrice » dans sa version féminine ! –, peint pour elle et sensibilise les autres aux métiers d’art en province Nord. Elle est tout de même à l’affiche de Ko Névâ au centre culturel Tjibaou en même temps qu’elle encadre une formation en illustration à Canala. Elle dit vivre dans sa voiture. On la comprend.

Entamer une conversation avec Francia Boi, c’est presque l’assurance d’entrer dans une grande réflexion sur le pourquoi du comment de l’art. La plasticienne, qui a grandi à  Thio, nourrit une réflexion intense sur la place de l’art dans la société et le pouvoir des images, l’importance de bien (s’)exposer et la noblesse d’apprendre. À l’enfant qui noircissait ses cahiers d’école de croquis de berlines et autres cabriolets – précoce amour du graphisme –, on répondait qu’elle était bonne pour l’asile. « Artiste, c’était pas un métier, même si mon père était musicien multi-instrumentiste, peintre, danseur. Mais uniquement pendant son temps libre, quand il n’était pas à la mine… » Quand l’ado Francia découvre Vincent Van Gogh, « avec son oreille coupée et ses chandelles plantées dans son chapeau de paille pour peindre la nuit », elle se dit qu’effectivement son prochain stop sera peut-être le CHT de Nouville. Et puis sa fibre créatrice se structure quand elle tombe sur Guernica de Picasso dans son livre de français au collège et reste médusée par une telle puissance de l’image, « par l’engagement total de cet artiste qui traduit son existence dans son art ».

Francia expérimente une forme de connexion avec l’artiste espagnol, qui se renforce lorsqu’elle découvre qu’il collectionne, entre autres, les objets d’art kanak. Nouveau choc esthétique et symbolique, avec le Carré blanc sur fond blanc de Malevitch, « l’aboutissement de l’art, tout et rien du tout à la fois ». Puis viennent le Cri de Munch et la révolution d’esprit avec la lecture de La Divine comédie de Dante. À Paris où elle mène des études d’art, la folie qu’on lui avait prédite s’évapore. Francia découvre le Musée de l’Homme, Orsay et son absolu, le Louvre. « Encore maintenant, alors que je me suis réinstallée en Nouvelle-Calédonie, je pars tous les deux ou trois ans pour suivre l’actualité culturelle en France et à l’international. »

 

Des bagages oubliés à La Tontouta

Son parcours n’a finalement que peu d’intérêt car, à son retour en 1991, Francia a laissé ses diplômes sur le tarmac de La Tontouta, comme l’avait préconisé Jean-Marie Tjibaou à toute une génération qu’il encourageait à suivre des études, certes, mais surtout à se faire son expérience sur le terrain calédonien plutôt que d’y calquer les acquis métropolitains. Pour Francia qui avait vu grand à Paris, il a fallu réadapter son univers. Ce sera la province Nord car même si l’espace est petit il y a beaucoup à faire. « Nous avons de beaux équipements dans le Nord et encore d’autres à venir. Maintenant, il faut les bonnes compétences pour s’en servir. »

La bibliothèque virtuelle de Francia Boi

On pourrait croire Francia Boi tourmentée entre ses références, entre une tradition kanak dont on attend qu’elle soit évidente dans son œuvre, juste parce que Francia est Kanak, et la modernité de ses affinités artistiques personnelles. « Je suis née avec une bibliothèque virtuelle, c’est un héritage, comme une vraie bibliothèque en bois qui trônerait dans votre salon. Dedans, il y a toutes les transmissions spirituelles, morales, qui me relient à mon clan, à mes ancêtres et mes aïeux. Cette bibliothèque, je peux aussi la compléter avec d’autres livres et d’autres histoires. Ça ne remplace pas les premiers ouvrages. » C’est une des clés de lecture pour comprendre son exposition Nekwaco, le Chemin de l’eau, au centre culturel Tjibaou depuis le 29 septembre, qui revient sur son parcours généalogique jusqu’à ses racines mythologiques : « Génie, tu m’as insufflée sans retenue, du haut de mes trois ans, toute la mémoire vive de la genèse clanique du mythe de Domwâ ». Pour refermer le sujet, Francia soulignera même par un trait d’humour : « On dit des arts kanak ou océaniens qu’ils sont premiers, mais qui était déjà connecté avant l’ère de l’ordinateur ? ».

Mettre des images sur des mots

Cette année, Francia Boi s’est concentrée sur la formation en illustration qu’elle dispense à Canala à des élèves qui travaillent sur la création d’outils pédagogiques, lancée par la Province Nord. « Le projet débute vers 2008 avec le choix des contes et légendes à illustrer pour les enfants des écoles. Le processus a été long et en 2013, je suis invitée à donner mon avis sur les ébauches d’illustrations réalisées pour certaines par des artistes confirmés comme Teddy Diaïke, Franck Tomedi ou Adilio Poacoudou. L’album Kuere, la paille en bilingue xaracùù-français, paraît en 2015 et est utilisé par les instituteurs de maternelle. » Se lance alors une plus grande réflexion sur les codes de l’illustration, sur la mise en images pour les enfants, pour les adultes, en fonction des sujets… En collaboration avec la Direction de l’Enseignement, de la Formation et de l’Insertion des Jeunes, Francia propose alors une formation, d’abord en 2014, puis qui s’étend jusqu’à aujourd’hui, avec des élèves de toute la province Nord qui se réunissent à Canala.

Le travail de l’objet d’art

En parallèle de son travail d’artiste, la plasticienne s’intéresse de très près au monde muséal calédonien. « Avec toutes ces salles d’exposition qui fleurissent aux quatre coins de la province, il faut absolument former des intervenants compétents. Accrocher une œuvre d’art, ce n’est pas juste planter un clou dans une cloison. Il y a des codes à respecter, des techniques de mise en espace à connaître.

Une exposition bien montée, c’est l’aboutissement du travail de plusieurs corps de métier, du technicien communal au scénographe, en passant par l’électricien et le menuisier. » Francia Boi insiste aussi beaucoup sur les notions qui gravitent autour de l’œuvre d’art, encore trop souvent oubliées ou ignorées : « Nous devons progresser énormément dans les domaines de la conservation, de la préservation des œuvres, construire des réserves qui garantissent le bon traitement des objets ». Et pour finir, elle met le doigt sur une problématique plus juridique, plus évanescente :

le respect de l’œuvre et de son identité, notamment avec la question des droits d’auteur.

Francia Boi, plasticienne autodidacte, fortement engagée, semble ainsi toujours sur un fil, entre Occident et Kanaky, entre vision concrète et plus ésotérique (voir critique de son exposition Nekwaco, le Chemin de l’eau, p.42). Elle confirme : « Je vis entre deux mondes : avant 1773 et après 1774, un avant et un après dans le monde kanak colonisé », elle,  Francia Boi, qu’on appelait en Métropole, France Boy. Elle ne corrigeait pas toujours. Ça l’amusait !

Par Claire Thiebaut, 2016
© Claire Thiebaut, 2016

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