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Hassan Xulue

Danse
visuel
Bandana plaqué sur la tête, jean baggy, chemise à carreaux fermée jusqu’au dernier bouton, regard assuré, élocution particulièrement soignée, Hassan Xulue sait donner le change. Il a le style d’un jeune premier, l’énergie d’un trentenaire accompli et le charisme d’un quadragénaire sûr de lui. En réalité, il n’a que 27 ans et déjà une très longue vie artistique et socio-éducative derrière lui. L’actuel responsable du département spectacle du centre culturel Tjibaou est un des piliers du mouvement hip-hop en Nouvelle-Calédonie, co-fondateur du crew Résurrection, militant engagé corps et âme en faveur de la jeunesse calédonienne.

Pour les besoins de l’interview, Hassan Xulue égrène méthodiquement la chronologie de son immersion dans la danse. Enfant, il faisait partie de la troupe du Wetr de Lifou, presque comme une évidence. Fils du premier Kanak professeur d’anglais de Lifou, Pierre Xulue, et de la journaliste indépendantiste papou Adèle Haïno, Hassan a été élevé dans une haute idée de la culture et de l’épanouissement personnel.

Petit breaker

En 1999, alors que le mouvement hip-hop s’immisce timidement en Nouvelle-Calédonie, il n’a que 10 ans, mais il est déjà fasciné par cette culture qui vient d’ailleurs. « En 2002, je danse avec Naka Atufele et Manupuava Livinia et d’autres breakers qui nous rejoignent de temps en temps. On participe à des kermesses. Petit à petit, l’effervescence hip-hop commence à monter. On organisait des battles à 100 francs sur la place des Cocotiers et on dansait jusqu’à épuisement ! », raconte-t-il. Ado déjà perfectionniste qui peaufine scrupuleusement sa pratique, Hassan réfléchit aussi beaucoup au rôle que pourrait jouer la danse dans la construction sociale des jeunes des quartiers.

Résurrection

L’année 2005 marque un tournant dans la structuration du mouvement hip-hop en Nouvelle-Calédonie. « La mairie commence à s’intéresser à cette jeunesse qui danse, rappe, slame, et les animateurs nous proposent de nous entraîner au faré de Rivière Salée. Félicien Bailly, le responsable de la maison de quartier, et son adjoint Fabrice Faure, nous conseillent aussi vivement de monter une association pour développer nos actions à plus grande échelle. » C’est la genèse du crew Résurrection qui a fêté en grande pompe ses 10 ans en 2015. « Nous nous lançons dans la promotion du mouvement hip-hop dans toute son ampleur, avec par exemple le premier événementiel 100 % urbain, la Freestyle Session. » Dans la foulée, la toute première battle, place des Cocotiers, particulièrement médiatisée par NC 1ère, fut remportée par Résurrection. « À ce moment-là, on sait qu’on emmène toute la jeunesse de Rivière Salée avec nous ! » En 2007, la mairie met en place un jumelage avec la Gold Coast et les danseurs de la team deviennent les ambassadeurs de la jeunesse de Nouméa en Australie. En 2010, Résurrection se qualifie pour la compétition nationale du BOTY – la Battle Of The Year – à Montpellier, après avoir remporté les phases de sélection nouméennes. N’en jetez plus, les étoiles sont déjà dans les yeux de toute une génération qui a trouvé sa vocation : le hip-hop !
Soutenu par ses parents et déterminé à réussir ses études, Hassan valide un bac économique et social au lycée Jules-Garnier, période pendant laquelle l’étudiant met déjà ses compétences au service de la communauté en tant que délégué de classe. Il passe le Bafa en 2008, puis entame un BTS en économie socio-familiale. Parallèlement, il poursuit son engagement militant en faveur des jeunes de Rivière Salée, avec le projet École 2 rues, qui offre une sensibilisation à la danse. « Le hip-hop est comme un tuteur d’éducation, il permet d’ouvrir les yeux sur notre culture kanak, en pratiquant une danse occidentale, urbaine. Cela nous donne du recul », plaide Hassan, fervent partisan du processus de réappropriation culturelle par les nouvelles générations. En 2009, il crée une nouvelle association : 125 de demain. « Le 1 et le 2 forment un R et le 5 ressemble à un S, ce qui donne RS de demain, autrement dit le quartier de Rivière Salée de demain ! » Quelques années plus tard, il fonde One Life dans son ancien lycée, pour créer des projets en quartiers.

Vitesse supérieure 

Après quelques hésitations, Hassan entame une formation à l’IUT de Bordeaux III et étudie l’animation culturelle. Il se lance dans la rédaction d’un mémoire sur les politiques d’agglomérations pour lequel il rencontre une association qui coordonne les maisons de quartier de Bordeaux. « Ce fut une expérience qui provoqua en moi une grande réflexion sur le devenir de la Nouvelle-Calédonie, en matière de développement socio-éducatif. » Hassan multiplie les découvertes lorsqu’il passe quelques semaines à New York chez une de ses amies qui travaille à une thèse sur la troupe du Wetr. « Je visite les quartiers du Bronx, de Brooklyn, berceaux de la culture hip-hop. » Écumant Toulouse, Paris, Montpellier, il achèvera son mémoire en Nouvelle-Calédonie, démontrant que le hip-hop est un vecteur évident d’éducation.

On ne lâche rien

À son retour en 2014, ce travailleur acharné restera sur le territoire le temps d’organiser un nouvel événement autour de la femme. « Après mes études, j’étais vraiment équipé pour organiser des manifestations à forte portée symbolique. One Mater était d’abord un hommage à ma mère, et un espace de réflexion autour de la place de la femme en Nouvelle-Calédonie. Des danseurs, graffeurs, rappeurs et slameurs s’étaient réunis autour de cette problématique. » Il repart quelques mois plus tard, cette fois-ci au Vanuatu pour un projet de service volontaire autour du projet Kalexpo. « C’est un concept évolutif sur plusieurs années qui vise à montrer les liens entre la Calédonie et le Vanuatu, notamment à partir de l’histoire de l’igname, tubercule du Vanuatu déposé à Maré. » Mais Hassan ne voyage jamais sans ses bagages hip-hop et lorsqu’il entre en contact avec la communauté associative Wan Smol Bag, qui œuvre au développement culturel à Port Vila, il imagine presque instantanément les liens qu’il peut tisser avec Résurrection. Ce sera chose faite grâce à une série d’ateliers.

Au centre culturel Tjibaou

Toutes ses expériences le ramènent au pays et le poussent à se présenter au poste de responsable du département spectacle au centre culturel Tjiabou en février 2015. « Je ressens très fortement la valeur sociale du centre. » Alors que le premier semestre 2016 n’est pas encore achevé, Hassan garde déjà en mémoire deux moments très forts de cette année : la coutume d’ouverture pour la Quinzaine du hip-hop qui s’est déroulée dans l’aire du Mwa Ka au centre culturel, « preuve de toute la reconnaissance des vieux pour le travail accompli par la nouvelle génération » et l’accueil de la troupe du Wetr pour le spectacle Xötr en avril dernier, « une grande fierté d’avoir pu programmer ces excellents danseurs ».

Par Claire Thiebaut, 2016

© Eric Dell'Erba, 2016

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Eric Dell'Erba

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