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Nicolas Molé

Arts plastiques
visuel
Nicolas Molé est un représentant incontournable de la scène artistique calédonienne. Portrait d’un artiste qui fait de son métissage une force.

Plutôt que raconter son parcours, Nicolas Molé préfère évoquer ses filiations, humaines et esthétiques. « L’intéressant ce n’est pas mon CV, c’est ce qui me relie, me pousse, me nourrit », juge-t-il. On rappellera tout de même qu’il est né à Niort, d’une mère française du Poitou et d’un père kanak de Lifou « parti coloniser la France dans les années 1960 ». Qu’il a étudié aux Beaux-Arts de Bordeaux, été membre d’un collectif vidéo itinérant sur les routes de Métropole, puis œuvré comme VJ* à Buenos Aires. Et qu’il a mis le pied en Nouvelle-Calédonie pour la première fois fin 1999 – « pendant neuf mois, le temps d’une gestation » – et qu’il y est revenu en 2011, cette fois pour s’installer au Mont-Dore avec la peintre Mariana Molteni, sa compagne. « Mes ancêtres et mes vieux sont ma boussole, poursuit l’artiste, aussi bien côté lifou que poitevin, ils m’indiquent le chemin, ils me tapent sur le derrière de la tête pour me donner des idées », explique-t-il, fier de les sentir toujours avec lui.

Punk et totem

Visage volontaire, regard intense, l’artiste quadragénaire, qui se souvient d’avoir été un « enfant chanceux », récuse d’emblée la difficulté d’être métis. « Pour moi, c’est une force. Point. Sûrement parce que mes deux origines sont ancrées profondément dans la terre. Mon grand-père poitevin était cultivateur, ma famille de Lifou, pareil. Je n’ai jamais senti de fossé, j’ai toujours perçu la correspondance entre les deux mondes. » De fait, dans son travail, ses racines s’entrecroisent, se renforcent mutuellement et nourrissent ses créations. D’une part « le côté keupon** » irréductible, qu’il garde de ses années d’apprentissage en France, et dont témoigne l’Opinel grandeur nature tatoué sur son avant-bras. Un certain goût de la provoc’ et de l’insoumission, qui lui a fait jadis « planter le jury sur place » lors de l’examen final des Beaux-Arts, et le laisse emprunter sans gêne à l’imagerie porno dans certains dessins.

D’autre part, la sensibilité kanak, qui le mène à peupler d’animaux totémiques et de figures ancestrales ses installations audiovisuelles interactives où la nature est toujours présente ; installations qui deviennent alors des sortes d’écosystèmes intégrant le spectateur. 

L’art en questions

Pour ce « mordu de technologie et d’écrans », qui pense à « créer un jour des applis et des jeux », la culture mélanésienne offre un contrepoids à la saturation « d’images et d’infos permanentes » qui « peut faire perdre le sens du réel »« Ici, ajoute-t-il, la notion de temps change complètement, tu retrouves la possibilité d’une réflexion ». Car pour lui, créer, c’est avant tout poser des questions. « Le jour où j’aurai les réponses, j’arrête », rigole-t-il. Dans ses œuvres, il explique « interroger continuellement les relations du visible à l’invisible, du concret au virtuel, du corps à l’esprit ». Et s’il dédaigne « d’intellectualiser son travail », il n’en revendique pas moins l’influence capitale de penseurs comme Deleuze, Bourdieu, Debord ou Baudrillard. Et celle de nombreux artistes, de Fra Angelico à Joseph Beuys en passant par Rembrandt et les performers des années 1970. « Je travaille en référence constante à ces modèles-là, même si ce n’est pas forcément explicite dans mon boulot. »

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Charlotte Collomb

L’esprit d’équipe

Troisième repère de Nicolas Molé, avec ses vieux et ses héros de l’art et de la pensée : sa bande. « J’ai le goût du collectif, assure-t-il, c’est comme ça que j’ai débuté, dans une équipe informelle qu’on appelait Le Noviciat. J’aime qu’on puisse collaborer et se soutenir sans perdre son indépendance, en gardant des projets à soi. Depuis que je suis ici, je m’emploie à reproduire ça ». La chose est en bonne voie, autour d’un noyau de copains comme le clippeur Christophe Martin, le slameur Erwan Botrel et le producteur Laurent Devèze. Le nom du collectif est trouvé : Waawa, le « corbeau » en langue camuki. Invité à exposer au centre culturel Tjibaou, dans la belle salle Komwi, à partir du 17 juillet, il présentera une rétrospective de son travail et des œuvres inédites, et fera aussi place à des amis, Fly et Teddy Diaïke (voir Endemix n° 10). 

Ce sens du collectif, l’artiste en rêve aussi, à sa façon bien terrienne, quand, au-delà de l’art, on aborde l’avenir du pays. « Il faut envoyer régulièrement les jeunes de toutes les communautés travailler les champs ensemble. C’est sûr que là, ils apprendront à se connaître, à dépasser les préjugés, en faisant quelque chose de vraiment utile. Ce serait ça, construire ensemble. » Pour l’artiste fier d’avoir « gardé un regard d’enfant » sur l’art et le monde, et qui a grandi au milieu des champs, aucun doute : la terre porte en germe toutes les vertus.

 

Par Antoine Pecquet

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