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Tim Sameke

Musique
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"La culture n'a pas de couleur" À 50 ans passés, Tim Sameke se retourne sur une carrière artistique accomplie. Le musicien, chanteur, danseur, chorégraphe, animateur de radio, organisateur de festival est un homme ambitieux mais pas carriériste qui a consacré une très grande partie de son énergie à amener les arts et la culture kanak sur le devant de la scène. Dans une interview résolument intimiste, il ôte son habituel masque de bonhommie, pour raconter son parcours, ses réussites, ses échecs et les difficultés qu’il a rencontrées.

Les arts semblent être une vocation pour vous. Dans quel contexte avez-vous grandi ? 

Tim Sameke : Enfant, j’ai été immergé dans la culture auprès des vieux. Je suis né en 1964, dans la tribu de Koumo, dans le district du Wetr, à Lifou. On vivait avec les grands-pères et grands-mères à qui on avait religieusement appris que tout ce qui était lié à la tradition kanak relevait du satanisme. La culture kanak s’exprimait peu et discrètement. Au début des années 1980, je continue mes études à Do Neva à Houaïlou, puis à Nouméa pour suivre un BEP comptabilité. Je n’avais pas de réelles ambitions dans la compta, mais je devais trouver du travail en tant qu’aîné de famille. Le contexte social et politique était déjà tendu. On ne savait pas de quoi demain serait fait. Pour gagner un peu d’argent, j’ai été animateur-serveur à l’Îlot Maître, ma première expérience dans le tourisme, qui allait me servir pour l’avenir. Dans l’ensemble, l’époque des « Événements » n’était facile pour personne, ni les Kanak, ni les Calédoniens en général. 

Quelle a été votre première expérience artistique ?

En 1990, je sors mon premier album, Quand j’étais marin, avec ce titre dont on se sert pour attirer l’attention des filles : « Ha, quand j’étais marin… » ! Puis en 1994, avec les musiciens du groupe Iguilan, on sort la cassette Chap music. Cela a été une bonne expérience pour moi, car nous avons tourné au Vanuatu et en Papouasie-Nouvelle-Guinée, grâce au soutien d’Adèle et Pierre Xulue qui avaient des connexions dans ces pays. Dans ces années-là, à part les délégations organisées par le gouvernement, peu d’artistes kanak se produisaient à l’étranger. Au niveau du style aussi, nous étions en pleine recherche de fusion entre des rythmes traditionnels et de la musique moderne, une démarche que je garde encore aujourd’hui. 

On vous sait musicien, mais on vous connaît aussi, et surtout, de grands talents de danseur. Comment tout commence ? 

Ma première véritable expérience de danse remonte à la création de la troupe du Wetr en 1992, à Lifou. Le grand chef Paul Sihaze a réuni les chefs de tribus du district pour commander une danse qui regrouperait toutes les tribus pour représenter le Wetr au Festival des arts du Pacifique aux îles Cook. Dans le monde kanak, chaque danse illustre une légende. Et chacune de ces légendes appartient à une tribu. Alors pour récupérer ces histoires, les chefs ont organisé une collecte au niveau du district, qui s’est tenue à la tribu de Koumo à la maison. Après de très longues discussions, ils choisissent la légende de deux guerriers, Capenehe et Hlemusese, dont il existe plusieurs interprétations. Il a donc fallu définir une version de l’histoire, choisir le bon vocabulaire, puis mettre le tout en danse. C’était un travail incroyable, mais pour nous, c’était comme un devoir. On était animé par l’esprit de la parole du grand chef. Il y a un proverbe très important à Lifou, Thatrokö a kei e kuhu hnadro la trengeweke imamadi, qui signifie que la parole du grand chef ne doit jamais toucher terre. Dès qu’elle est prononcée, il faut l’attraper et l’accomplir. 

En 1996, vous vous installez à Nouméa. Se lance peu après un des plus gros projets de votre vie : la troupe We Ce Ca. 

Je réponds à un appel à projets de la province Sud qui souhaite dynamiser l’accueil des touristes. Plusieurs artistes répondent à l’offre et je suis finalement retenu, notamment grâce à mon expérience passée avec le Wetr et au fait que j’ai déjà travaillé dans le milieu touristique. En 1994, j’étais l’un des interprètes lors du premier toucher de bateau de croisière australien à Lifou. Peu avant, j’étais parti « en reconnaissance » avec deux autres jeunes à Fidji et au Vanuatu, car le comité de développement du Wetr voulait s’inspirer de leur organisation touristique pour notre île. 

Parlez-nous de la troupe We Ce Ca ? 

We Ce Ca regroupe des jeunes venus des huit aires coutumières. À nouveau, il fallait créer des danses qui rassemblent. Mais au final, on s’aperçoit que nous nous dressons des barrières tout seuls : qu’on frappe sur des bambous, des bwanjeps ou dans les mains, qu’on siffle dans un wessel ou dans un harmonica, tout vient de la même source rythmique. En plus du travail artistique, cette troupe avait une dimension sociale et culturelle. Les jeunes en difficulté étaient majoritairement issus des quartiers. Il fallait leur apprendre la concentration, le sérieux et l’assiduité. J’avais aussi interdit tous les drapeaux politiques, il n’y avait aucune revendication sauf celle de montrer une belle image et de partager la culture kanak. On avait un leitmotiv : pour les spectacles « ne jamais être à l’heure mais avant l’heure » car on disait que les Kanak n’étaient pas capables d’être ponctuels. 

La troupe We Ce Ca expose réellement la danse et la musique kanak en plein centre-ville. Comment cette affirmation culturelle nouvelle est-elle perçue par le public ? 

Au début, on se moquait beaucoup de nous. Les spectacles de danse wallisienne ou tahitienne drainaient bien plus de monde que la danse kanak… dans son propre pays. Les gens se moquaient de nous car nous portions des colliers avec des statuettes en bois, des coquillages, des dents de cochon. On nous prenait pour des sorciers, des emboucaneurs. Mais aujourd’hui, que voit-on ? À tous les coins de rue, les jeunes portent ce genre de colliers. On nous reprochait aussi d’utiliser le ukulélé – un instrument extérieur à la culture kanak – ce qui est monnaie courante désormais. Les premiers moments ont été très difficiles pour les jeunes de la troupe. Mais peu à peu, les mentalités ont commencé à évoluer. En 1998, on passe aussi un cap : la troupe We Ce Ca est la première troupe kanak à présenter un spectacle de danse contemporaine en collaboration avec le chorégraphe aborigène Raymond Blanco pour l’ouverture du centre culturel Tjibaou. On a remis au goût du jour la légende de Tea Kanake, l’homme kanak originel, re-dansée pour la première fois depuis le festival Melanesia 2000 de Jean-Marie Tjibaou, en 1975.

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Marc Le Chélard - Push&Pull

En 1999, vous et la troupe We Ce Ca faites un véritable carton avec le tube « Waipeipegu ». Quelle est la véritable histoire de cette chanson ?

C’était une magnifique victoire pour nous : nous faisions partie de rares artistes, comme Edou avec « Océanie », à faire entrer le kaneka dans tous les foyers ! Toute la Calédonie a dansé sur « Waipeipegu ». À l’origine, c’est un titre écrit par Dick Buama, du groupe Gurejele. Il en avait sorti une première version dans les années 1990, au tempo du kaneka des îles. On l’a remixé sur un rythme beaucoup plus dance, très à la mode début 2000, et surtout on a travaillé cette diction rap totalement nouvelle dans le kaneka. Mais, c’est vrai que nous n’avons pas fait très attention aux paroles, qui peuvent apparaître un peu décalées par rapport à la mélodie. Un jour, j’ai été invité à l’anniversaire d’un Européen et j’entends les invités chanter « Waipeipegu » : on avait gagné, la musique kanak était écoutée par tout le monde !

Malgré ce succès, pourquoi quittez-vous We Ce Ca en 2006 ? 

Ces dix ans passés à la tête de cette troupe ont été fantastiques, mais ils ont représenté pour moi un vrai sacrifice. J’y ai laissé mon premier mariage, une grande partie de ma vie privée. J’étais un peu fatigué. On a dansé près de 300 spectacles par an. Et les jeunes qui étaient là à l’origine sont restés, pour prendre le relai avec à leur tête Jean-Paul Maho. J’ai présenté ma démission le 21 juin 2006, le jour de la naissance de ma dernière fille, le jour de la fête de la musique aussi : la boucle était bouclée !

Vous qui ne vous arrêtiez jamais, prenez une année sabbatique en 2007. Pour mieux revenir ensuite ? 

Ce dont nous n’avons pas beaucoup parlé jusqu’à maintenant, c’est la force des critiques que j’ai essuyées, notamment en raison de la modernité dans laquelle s’inscrivait la troupe We Ce Ca, qui était interprétée comme une remise en cause de la tradition. Dans le monde kanak, il y a une croyance très forte dans le boucan. Et je pense en avoir été frappé. J’ai perdu beaucoup dans cette aventure, des gens proches, des biens… Beaucoup d’hommes kanak sont morts alors qu’ils accomplissaient de grandes choses. Le dernier en date fut le docteur Paul Qaeze, mais on peut en citer bien d’autres. J’ai profité de cette année pour repartir du bon pied et passer du temps avec ma femme et ma petite fille. De retour en 2008, je poursuis mon chemin, pour que la culture soit toujours un lien fédérateur. J’organise des ateliers de danse traditionnelle dans les écoles primaires du Mont-Dore, jusqu’en 2014. Fin des années 2000, c’est une nouvelle ère. Quand en 1990, on se moquait des danses kanak, quinze ans plus tard, les enfants de toute origine se presse pour apprendre à danser le tchap et le pilou.

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Marc Le Chélard - Push&Pull

En 2005, vous êtes élu président de la SACENC. Quel est votre rôle ? 

Faire partie de SACENC dès ses premiers pas a été très important pour moi, car c’est accompagner une nouvelle étape dans la création et l’industrie musicale de Nouvelle-Calédonie. Être président est d’abord un rôle honorifique car la SACENC est dirigée par un directeur et une co-directrice. Mais je tiens à être très présent pour aider les équipes et assumer l’image de la SACENC. Je me suis formé, comme d’habitude, en autodidacte, en lisant. En travaillant pour la SACENC, on œuvre pour le bien commun des artistes musiciens : les droits d’auteurs collectés n’ont pas de couleur, tout le monde est à la même enseigne pour faire progresser le système de rémunération des créateurs. 

Vous êtes systématiquement réélu, pour des mandats de trois ans. Comment expliquez-vous votre succès ? 

Une de mes devises préférées est « servir et non se servir ». Comme tout ce que j’ai engagé dans ma vie, j’estime faire des choix en faveur du plus grand nombre, en toute honnêteté. C’est presque tout naturellement que votre parcours vous amène à organiser le festival Caledonia +687, un événement inter-communautaire où tout un chacun est invité à montrer sa culture. Au début des années 2000, j’avais tenté d’organiser un festival de ce style, mais ce n’était pas encore le moment. Tout au long de ma carrière, j’ai formé ou été parrain de groupes qui rassemblaient plusieurs ethnies, comme Kawata – Kanak, Wallisiens, Tahitiens – ou Ji MwaTea, et Pacifika qui existe toujours. Ce qui séduit aussi le public, c’est que le +687 est un festival fait par le peuple pour le peuple. Caledonia +687 est un collectif qui repose sur une trentaine d’associations, qu’elles soient artistiques, artisanales, gastronomiques. 

Depuis 2014, nouvelle corde à votre arc, vous êtes animateur radio sur NC1ère, dans l’émission Coups de cœur, Coups de gueule. Qu’est-ce qui vous a poussé à prendre ce poste ? 

Je suis un homme de défi ! Et je trouve que cette émission est un excellent baromètre qui en dit long sur la santé du pays. C’est un espace d’expression très important. Je ne cache pas que la reprise après Francky Lewis, l’animateur phare de l’émission, a été particulièrement difficile. Après plus de deux ans aux manettes de l’émission, j’ai réussi à cerner les points essentiels de ce poste. Il faut de la rigueur, énormément de recul, de la neutralité, de l’humilité, du respect, et de la culture générale. On est au service des gens, nous devons être accessibles et bienveillants. Et j’ai encore beaucoup à apprendre ! Après toutes les expériences que j’ai menées dans ma vie, avec les réussites et les échecs, sous les critiques ou les encouragements, je sais désormais ce qui me plaît : voir la vie du bon côté ! Rester positif quoi qu’il arrive. « Peace and Love ».

Vos meilleurs souvenirs d’artiste

Le concert de Scorpions en 2004
Comme à l’accoutumée, la troupe We Ce Ca accueille les artistes internationaux à l’aéroport de la Tontouta. Le chanteur du groupe, Klaus Meine a eu un coup de foudre pour notre titre « Waipeipegu » et nous demande d’en faire une reprise en duo sur scène lors du concert au C.C.T. Un moment totalement incroyable !

Le haka des maoris
Alors qu’un bateau militaire néo-zélandais entrait dans la rade de Nouméa, nous l’avons accueillis avec notre spectacle habituel. Les Maoris nous ont répondu en dansant un haka qui nous a donné la chair de poule. C’était un échange très puissant.

Claire Thiebaut, 2016

© Marc Le Chélard, 2016

 

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