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Yoan Ouchot

Danse
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Pendant des répétitions du spectacle Génération Hip-Hop, Yoan Ouchot dirige les quatre danseurs qui présenteront cette grande fresque lors du festival Waan Danse 2016. « Prenez conscience de vos états de corps », leur serine-t-il. Danseur et chorégraphe, il s’est fait une des rares places au soleil dans la danse calédonienne, à force de courage, de détermination et de remise en question perpétuelle. Endemix a eu accès aux états de l’âme de cet artiste quelque peu énigmatique.

En vous regardant vous déplacer, on a l’impression que le mouvement possède votre corps 24 h/24. Vous êtes un danseur né ? 

Je danse depuis très, très longtemps. Mon grand frère et les autres étaient déjà des grands danseurs hip-hop. Et même s’ils ne voulaient pas que j’aille avec eux, j’ai appris en les observant. Je regardais des films et des clips quand j’étais adolescent. Au début, j’étais plus dans le sport, en athlétisme et en handball. Repéré en sélection de district, j’ai joué dans tout le pays. Et puis, mon goût pour la musique a pris le dessus et j’ai finalement préféré la danse. 

À 31 ans, vous faites partie de cette deuxième génération hip-hop qui a fait évoluer le style. Revenez sur cette période. 

C’est vrai qu’il y a eu les pionniers, les Bertrand Ukajo, Pascal Ouchot – mon grand frère –, Yann Nekao, Wilson et Pio qui dansaient beaucoup debout. Nous les avons copiés en intégrant aussi des sauts, du break et des figures au sol, du boogaloo et du locking. Mais c’était comme un jeu pour nous, comme si nous jouions au foot, on n’avait pas en tête d’en faire notre métier. D’ailleurs, peu l’ont fait. 

Comment avez-vous progressé ? 

Je me suis entraîné comme un fou pour maîtriser la technique. J’ai commencé les battles avec le crew Varial Évolution aux tours de Magenta puis avec les Saïan Breakers. Je dansais aussi beaucoup tout seul, ce qui est rare dans le hip-hop. Puis, j’ai suivi une formation de formateur avec Mic Guillaumes, et j’ai donné des ateliers dans tout le pays, dans les tribus, dans les établissements. D’autres danseurs, comme Richard Digoué ou Daniel Taboga, m’ont repéré – parce que j’étais soliste justement – et m’ont proposé des collaborations. Grâce à eux, j’ai pu sortir aussi de mon univers hip-hop, celui bien confortable que je connaissais depuis tout petit. Avec Daniel, je suis allé vers le classique et avec Richard, vers la danse contemporaine et traditionnelle. Petit à petit, j’ai compris que la danse était un chemin positif, que je faisais quelque chose de bien, que je canalisais aussi beaucoup de rage. Toute cette rage qui me poussait à être un petit voyou quand j’étais jeune, je l’ai mise au service de la danse. 

Lors d’une causerie de la Quinzaine du hip-hop de la province Sud, vous êtes revenu sur votre jeunesse difficile. On vous connaît assez discret, vous vous êtes pourtant beaucoup livré à cette occasion. Pourquoi ? 

L’émotion ! Je n’ai pas l’habitude de parler devant des gens et encore moins parler de moi. Ma vie de danseur est très liée à ma vie personnelle. Mon enfance a été partagée entre Nouméa et La Foa puis Gomen. J’ai vécu seul très jeune et j’avais cette rage en moi. On dit que la rage n’est pas un bon moyen d’avancer, mais si on la dompte, si on trouve un peu de souplesse, elle est un excellent moteur. La vie est dure, pour tout le monde. Et être artiste, c’est comme un rêve éveillé, mais il ne faut pas se perdre. Quand on est jeune, on rêve d’être danseur et d’en vivre, mais une fois qu’on y est, il faut tenir ce rôle, assumer les règles du jeu. C’est dur, physiquement, moralement, économiquement. Il faut faire confiance aux gens et surtout se faire confiance à soi-même. C’est difficile d’aller vers l’autre, vers un autre artiste ou vers le public. Il faut être très vigilant aux nuances d’énergies, aux mauvaises ondes. 

Vous avez un très large champ d’expression, hip-hop, classique, contemporain, traditionnel, théâtral même. Vous cherchez à être un artiste touche-à-tout ? 

Pour moi, c’est une nécessité. Il faut sortir de ses habitudes, lâcher ses repères, surtout pour les danseurs hip-hop qui restent trop souvent coincés dans leur culture, sans trop regarder ce qu’il se passe autour. 

Toutes les expériences que j’ai eues sont nées des rencontres lors des grands rassemblements, les festivals Waan Danse ou des Arts mélanésiens. On travaille ensemble sur une ou plusieurs créations, et on se nourrit les uns des autres, comme je l’ai fait avec les compagnies Posuë, Moebius, Trocs en Jambes, Nyian et quelques autres. C’est très important pour la construction de notre style et notre vision de la danse. Faire du classique implique une tout autre notion du corps. Il fallait travailler les échauffements – ce que les danseurs hip-hop ne faisaient jamais ! –, la souplesse, apprivoiser l’espace. Ça ouvre l’esprit. Je me suis beaucoup inspiré de danseurs de ma génération comme Liza Prouchandy ou Linda Kurtovitch. 

Vous ne vous perdez pas dans toutes ces influences ? 

J’ai au moins trois ou quatre cultures : kanak, javanaise, broussarde et hip-hop. Pourtant mes parents ne m’ont pas transmis beaucoup de leur héritage, notamment du côté indonésien. Mais je suis convaincu que le hip-hop m’a permis de me rapprocher de mes racines, kanak notamment, car en étant porteur de cette culture hip-hop, je comprends mieux ce que veut dire le mot « Culture » dans son ensemble. Ce n’est plus quelque chose d’abstrait qu’on reçoit en héritage, c’est quelque chose que j’ai construit moi-même. Cela m’a permis d’aller plus facilement vers les vieux et de leur parler. D’ailleurs, on a souvent discuté ensemble de la « déstructuration » de la culture traditionnelle quand les jeunes y apportent des mouvements modernes. Mais je leur réponds qu’on ne la « déstructure » pas, on la fait évoluer. Et finalement en réfléchissant à cette notion de culture, c’est comme ça qu’on revient à notre héritage identitaire. 

 "On a démarré dans la rue ou à la tribu et c’est ça notre force"

Vous semblez être très investi dans le milieu. Êtes-vous un artiste engagé ? 

J’ai des idées, mais je ne suis pas engagé politiquement. Par contre, je travaille beaucoup avec les jeunes pour qu’ils continuent à construire des choses, comme nos grands frères l’ont fait, alors qu’ils n’avaient presque rien à disposition. On a démarré dans la rue ou à la tribu et c’est ça notre force. On se disait « Y’a pas “ça”, mais allez, on fait quand même » et peu à peu des établissements ont été construits, des événements ont été organisés. Les artistes réalisent un vrai travail de fond pour le pays, pour le destin commun et il faut que la population en soit complice et que les politiques s’en rendent compte. Personnellement, je rêve d’une maison des artistes avec des salles de répétition ouvertes à tous les arts, des scènes, des ateliers. Tu veux sculpter là, alors installe-toi. Tu veux danser ici… Ce qui existe déjà est bien, mais il nous faudrait un vrai pôle où on est en confiance, où l’imagination et la créativité seraient entièrement libres, comme à l’Université de Fidji par exemple. À mon sens, c’est le seul moyen d’évoluer vers plus de professionnalisation, plus d’interaction qui ouvre les esprits. Ici, on avance à trop petite échelle. Regardez à La Réunion, les artistes sont bien plus considérés, bien plus pros, bien plus exportés !

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Marc Le Chélard - Push&Pull

Yoan, vous êtes reconnu par beaucoup comme étant un très bon danseur. Quelle est votre signature ? 

Je pense que c’est la poésie… C’est d’ailleurs pour ça que je suis si sévère avec les danseurs que je dirige. Je veux qu’ils sortent des émotions sur scène, de l’amour, de la haine, de la poésie, de la passion, et pas seulement de la technique. Qu’ils ne soient pas que des petits danseurs hip-hop qui amusent le public en sautant partout ou alors qu’on arrête de croire que ce ne sont que des voyous sous leur capuche. Il faut qu’ils trouvent leur poésie, on l’a tous en soi. Et c’est aussi une des issues pour faire durer sa danse, car si on ne fait que de la performance, on est cassé à 30 ans. 

Souhaitez-vous ajouter un mot ? 

Je voudrais sincèrement remercier les artistes et tous ceux qui participent à promouvoir l’art… comme Endemix d’ailleurs ! Merci aussi à toutes les structures qui nous supportent : le Rex Nouméa, le musée de Nouvelle-Calédonie, le centre d’Art, le centre culturel du Mont-Dore, le conservatoire de Koné et de Koumac, le centre culturel Tjibaou, le Chapitô de Nouvelle-Calédonie et tous les autres ! Tous ceux qui ont aussi fait en sorte que le hip-hop soit dansé sur scène et plus seulement dans les quartiers. Nous sommes dans une logique de reproduction : nous donnons ce que nous avons reçu et tant que cela sera positif, on ira vers quelque chose de meilleur !

Ces spectacles qui ont marqué Yoan Ouchot

Le Sacre du Printemps de Julien Lestel au festival Waan Danse 2012
« J’y ai découvert une énergie de danse incroyable ! L’esprit est dépassé par le corps. Ce fut une formidable immersion dans l’univers du ballet et un très beau travail en commun car beaucoup de danseurs calédoniens ont participé. »

Pomémie, ouverture du Festival des Arts mélanésiens, 2010
« Là encore, c’est une collaboration d’énormément de danseurs avec le Chapitô de Nouvelle-Calédonie. On a construit un spectacle en pleine forêt, d’arts mêlés. C’était presque mystique. » 

Traversée(s), des Artpenteurs du Caillou, 2012
« C’était un spectacle qui parlait de traversées, de passages, de l’arrivée des différentes communautés en Nouvelle-Calédonie. Ce fût ma première scène avec du texte, je jouais un vieux kanak. J’ai beaucoup réfléchi après coup aux relations qu’on entretient tous aujourd’hui, qui découlent des premiers contacts. »

Texte : Claire Thiebaut

Photo : Marc Le Chélard / 2016

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